01.09.2008
122 – Faire disparaître les sans-abris
Les pouvoirs publics (réagissant au désir informulé de leurs administrés) veulent naturellement que les sans-abris disparaissent. Ce n'est pas par méchanceté. On suppose que les sans-abris veulent vraiment disparaître (au moins ceux qui méritent), en trouvant un travail, en trouvant une maison et en reprenant une vie « normale ». Le rôle officiel est donc d'assister, pousser et encourager les sans-abris dans la tache de recommencer une vie normale. Mais surtout il ne faut rien faire qui encouragerait les sans-abris à rester des sans-abris. En bref, la vie de sans-abri doit être rendue implacablement difficile, dégradante et aussi douloureuse que possible, et vous pouvez être sûrs que nos gardiens savent très bien comment l'accomplir.
Le public veut bien sûr des abris pour les sans-abris, mais personne ne s'attend à ce qu'ils soient hospitaliers, personne ne voudrait y « rester ». Si les sans-abris commencent à « rester » dans les abris, cela serait en contradiction avec l'objectif de les sortir de la vie de sans-abris. Comme ils essayent d'éviter les abris officiels à n'importe quel prix, les sans-abris se réfugient presque n'importe où: dans des allées, des parcs, tunnels, bâtiments abandonnés, sous les ponts, etc. La police doit régulièrement les expulser de ces endroits, car si les sans-abris s'installent confortablement n'importe où, ils n'auraient plus de raison de cesser d'être sans-abris. On considère que rendre et conserver la vie des sans-abris aussi triste que possible est une forme d'amour rude, la meilleure et la plus gentille chose qu'on puisse faire pour eux.
Le seul problème, et pour une raison inconnue, est que ça ne marche vraiment pas.
21:19 Ecrit par Goupil Lerenard dans 5 - La tribu du corbeau | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
22.08.2008
121 – Des pionniers réticents
Selon des estimations optimistes, il y aurait à ce moment au moins un demi million des personnes aux Etats Unis qui ont été jetés au-delà de la civilisation dans des limbes socio-économiques et qui sont de nos jours identifiés comme sans-abris. Etre sans-abri est actuellement un euphémisme pour désigner la pauvreté, cela attire l'attention sur cette forme que la pauvreté prend dans les cités hyper-modernes et qui peut être définie comme des villes où l'espace est si cher qu'il ne peut être mis de côté pour les pauvres. Avec la disparition totale des logements à bas prix, il n'y a tout simplement pas de place « à l'intérieur » pour les pauvres dans ces cités.
Il y a plusieurs sources distinctes dans cet afflux de sans-abris. L'une consiste en malades mentaux, jetés dans les rues lors de la frénésie de dés-institutionnalisation des années 70. Une autre consiste en travailleurs peu ou pas qualifiés dont les jobs ont été exportés dans des pays où le travail est moins cher ou a été rendu superflu par les réductions d'effectif ou l'automatisation. Une autre consiste en ces personnes qui, durant les années 60 auraient été nommés les défavorisés, c'est-à-dire les femmes et enfants abandonnés, victimes de préjugés raciaux ou ethniques, personnes sans éducation ou sans formation, chômeurs chroniques. Tous ceux-là sont perçus comme des victimes, des pauvres qui ne le méritent pas. D'autres dans l'afflux des sans-abris sont des fugitifs, des drogués, clodos, ivrognes, sans domiciles fixes et vagabonds qui, parce que apparemment ils choisissent d'être sans-abris, sont considérés comme des pauvres qui le méritent.
21:37 Ecrit par Goupil Lerenard dans 5 - La tribu du corbeau | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
120 - Page blanche
...
21:36 Ecrit par Goupil Lerenard dans 5 - La tribu du corbeau | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
119 - La tribu du corbeau
CINQUIEME PARTIE
La tribu du corbeau
Ouais,
bon,
l'impuissance isole,
également.
Yeah,
Well,
It's pretty lonely
at the bottom,
too.
Joseph Chassler
21:35 Ecrit par Goupil Lerenard dans 5 - La tribu du corbeau | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
20.08.2008
118 - Page blanche
Fin de la quatrième partie !
Vous pouvez télécharger le document complet.
07:05 Ecrit par Goupil Lerenard dans 4 - Vers le nouveau tribalisme | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
117 - Mais où se trouve exactement « au-delà » ?
Dans le scénario paradigmatique utopique, vous réunissez vos amis, vous équipez avec des outils pour l'agriculture et trouver un petit paradis sauvage où vous pouvez vous échapper et tout abandonner. L'intérêt apparent de ce vieux fantasme est qu'il ne demande aucune imagination (étant banal), peut être mis en oeuvre par presque n'importe qui avec les fonds nécessaires, et fonctionne parfois plus longtemps que quelques mois. Mais il serait absolument inepte de le proposer comme solution générale pour six milliards de personnes.
La civilisation n'est pas un territoire géographique, c'est un territoire social et économique où les pharaons règnent et les masses construisent des pyramides. De la même façon, au-delà de la civilisation n'est pas un territoire géographique, c'est un territoire social et économique où les gens dans des tribus ouvertes poursuivent des objectifs qui peuvent être ou ne pas être « civilisés ».
Vous n'avez pas besoin « d'aller quelque part » pour vous trouver au-delà de la civilisation. Vous devez gagner votre vie d'une autre façon.
06:59 Ecrit par Goupil Lerenard dans 4 - Vers le nouveau tribalisme | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
116 – 200 années au-delà de la civilisation
Graduellement, l'équilibre de puissance économique passe de la « civilisation » (dès lors toujours mise entre guillemets) à la « au-delà de la civilisation » qui l'entoure. De plus en plus de gens réalisent qu'il peuvent échanger des choses qu'ils ne veulent pas profondément (pouvoir, statut social et supposés commodités, conforts et luxes) pour des choses qu'ils veulent vraiment profondément (sécurité, travail sensé, plus de loisirs, égalité sociale: tous les produits de la vie tribale). L' «économie », qui n'est plus liée à un marché continuellement croissant, devient une affaire de plus en plus locale tandis que les entreprises globales et nationales perdent graduellement leur raison d'être.
Après deux cent ans, la chose que nous nommons civilisation a été abandonnée et semble aussi obsolète et désuète que la théocratie d'Olivier Cromwell. Les villes sont toujours là (où iraient-elles ?) ainsi que les arts, sciences et technologies, mais ils ne sont plus les instruments et personnifications de la culture du mal maximum.
Je ne me permets pas ces spéculations pour prétendre à des pouvoir prophétiques. Je les jette dans l'eau pour vous montrer quelle partie de l'étang je vise et vous laisser suivre les vaguelette vers les rives du présent.
06:44 Ecrit par Goupil Lerenard dans 4 - Vers le nouveau tribalisme | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
15.08.2008
115 – 100 années au-delà de la civilisation
Des gens vivront toujours par ici dans une centaine d'années, si nous commençons à vivre différemment, sans attendre.
Sinon il n'y en aura pas.
Mais comment pouvons-nous y parvenir et à quoi est-ce que cela ressemblera ? Les utopistes ne peuvent abandonner l'idée de l'avènement d'humains plus doux, plus gentils et plus aimants. Je préfère considérer ce qui a fonctionné durant des millions d'années pour des gens tels qu'ils sont. La sainteté n'était pas obligatoire.
En se projetant dans le futur: alors que les gens commençaient à faire le mur dans les premières décennies du nouveau millénaire, nos gardiens sociaux sont d'abord alarmés, voyant que ça pourrait amener la fin de la civilisation-telle-que-nous-la-connaissons. Ils essayent de hausser les murs avec des barbelés sociaux et économique pour réaliser bien vite la futilité de leur tentative. Les gens vont continuer à pousser des pierres s'ils sont convaincus qu'il n'y a rien d'autre à faire, mais dès qu'une autre voie s'ouvre, rien ne peut les empêcher de déserter. Au début, les déserteur dérivent leur subsistance des bâtisseurs de pyramides, comme le font actuellement les gens du cirque. Mais après un certain temps, ils commencent à devenir moins dépendants des bâtisseurs de pyramides. Ils interagissent de plus en plus entre eux, construisant leur propre économie inter-tribale.
Après une centaine d'années, la civilisation est toujours debout mais réduite de moitié. La moitié de la population mondiale fait toujours partie de la culture du mal maximum, mais l'autre moitié, vivant de manière tribale, jouit d'un style de vie plus modeste, orientée sur l'obtention de plus de chose que les gens désirent (plutôt que sur l'obtention de simplement plus).
21:22 Ecrit par Goupil Lerenard dans 4 - Vers le nouveau tribalisme | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
14.08.2008
114 – Mettre un terme à la course à la nourriture
La course aux armements ne pouvait se terminer que de deux manières: soit par une catastrophe nucléaire, soit par un abandon des participants, et heureusement c'est le second choix qui a été fait. Les soviétiques ont dit pouce et il n'y a pas eu de catastrophe.
Il en va de même de la course entre la nourriture et la population. Cela peut se terminer par une catastrophe, lorsqu'une trop grande quantité de la biomasse de notre planète est sous forme humaine et que les écosystèmes écologiques fondamentaux s'effondrent, mais cela ne doit pas nécessairement se terminer ainsi. Cela peut se terminer de la même manière que la course aux armements, par simple abandon des gens. Nous pouvons dire que nous comprenons maintenant qu'il n'y a pas de triomphe final de la nourriture sur la population. Et cela parce que chaque victoire du côté de la nourriture est répliqué par une victoire du côté de la population. Cela devait se passer ainsi, cela s'est toujours passé ainsi, et nous pouvons voir que ça ne cessera jamais de se passer ainsi.
Mais cela ne va pas se produire à cause de ces quelques mots, ou même les milliers que j'ai consacrés à ce sujet dans mes livres et mes discours. Ce sujet s'en prend à notre mythologie culturelle au niveau le plus profond, à un niveau bien plus profond que ce que j'imaginais lorsque j'ai pensé pouvoir l'aborder en quelques pages dans Ishmael. C'est le mortel Minotaure mangeur d'hommes au centre de notre labyrinthe culturel...bien au-delà du sujet de notre expédition actuelle.
14:00 Ecrit par Goupil Lerenard dans 4 - Vers le nouveau tribalisme | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
12.08.2008
113 – Est-ce que « moins nuisible » est suffisant ?
Bien que ce soit un bon et nécessaire départ, être moins nuisible n'est pas suffisant. Nous sommes en plein dans une course à la nourriture qui est plus mortelle pour nous et le monde autour de nous que ne l'était la course aux armements de la Guerre Froide. C'est une course entre la production de nourriture et la croissance de la population. Les adeptes actuels de l'économiste anglais Thomas Malthus (1766-1834), comme ceux de l'époque, voient le fait de produire assez de nourriture pour nourrir notre population comme une « victoire », de la même façon que les militaires américains de la Guerre Froide voyaient le fait d'avoir produit assez d'armes pour détruire l'Union Soviétique comme une « victoire ». Ils n'ont pas su voir que, comme chaque « victoire » américaine stimulait une « victoire » soviétique en réponse, chaque victoire dans la production de nourriture stimule une « contre-victoire » dans la croissance de la population.
Actuellement, notre course à la nourriture est en train de convertir rapidement la biomasse de notre planète en biomasse humaine. C'est ce qui se produit quand on défriche une terre sauvage et la cultivons pour les humains. Cette terre supportait une biomasse comprenant des centaines de milliers d'espèces et des dizaines de millions d'individus. Puis toute la productivité de cette terre est transformée en masse humaine, littéralement en chair humaine. Chaque jour, partout sur terre, la diversité disparaît au fur et à mesure que la biomasse de notre planète est transformée en masse humaine. Voilà ce qu'est la course à la nourriture. C'est exactement ce que la course à la nourriture signifie: transformer chaque année encore plus de la biomasse de notre planète en masse humaine.
12:34 Ecrit par Goupil Lerenard dans 4 - Vers le nouveau tribalisme | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



