07.09.2009
181 – Un espace culturel pour nous
Les gens qui ne désirent pas passer leur vie à bâtir un genre de pyramide pharaonique ont tous un besoin commun, mais ce besoin est ressenti plus fortement par les jeunes qui sont les vraies bêtes de somme de l'opération. Il y a soixante ans, les jeunes diplômés décrochaient un poste dans les usines où il pouvaient espérer grimper la même échelle d'avancement que leurs parents. A l'ère postindustrielle, les jeunes gens (comme l'ont signalé James E. Côté et Anton L. Allahar) sont de plus en plus marginalisés dans les secteurs de la vente et des services où ils passent leur temps à soulever et transporter, remplir des rayons, balayer, emballer des courses et frire des hamburgers; ils n'apprennent aucun métier et en n'ont aucune perspective de carrière devant eux.
Ce qu'ils et nous voulons, ce n'est pas un espace géographique, c'est un espace culturel. Carlos, qui a fait sa maison sous une grue au parc Riverside, sait qu'un certain genre de liberté implique de vivre dans un trou. Mais il sait aussi que ce n'est pas la « vraie liberté » si vous devez vivre dans un trou pour l'obtenir. Il veut le genre de liberté que les gens ont quand il vivent où ça leur plait et n'ont pas besoin de se réfugier dans un trou, même dans le « panoramique Ozarks » ou les « contreforts du Kentucky ». Il voulait une liberté sur toute la terre, comme la plupart d'entre nous je pense. Pour l'obtenir, nous devons reprendre le monde des mains des pharaons. Ce ne sera pas difficile. Ils ne s'attendent pas à ça, et même s'ils s'y attendaient, il ne pourraient pas l'arrêter.
20:48 Ecrit par Goupil Lerenard dans 7 - Au-delà de la civilisation | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
03.09.2009
180 – Écoutons les monstres
Est-ce que Eric Harris et Dylan Klebold seraient devenu les « monstres d'à côté » (comme les as surnommés le magazine Time) s'ils avaient eu une autre façon de faire ? A l'école ils étaient traités de « sacs à merde » ou de « pédales » et leurs camarades leur lançaient des bouteilles ou des pierres depuis leurs voitures. Est-ce qu'ils y sont allés parce qu'ils voulaient être maltraités ? Non, nous savons parfaitement pourquoi ils y étaient: ils n'avaient aucun choix là-dessus. Ils « devaient » y aller, forcés par la loi et la pression sociale. S'il y avait eu une autre façon de faire, ils auraient disparu de Columbine bien avant que leur seul rêve devienne un rêve de vengeance et de suicide.
Est-ce qu'un scanner du cerveau aurait révélé qu'ils étaient « génétiquement prédisposés à la violence » ? Peut-être, et alors ? Un scanner du cerveau révèlerait la même chose à mon sujet. Rappelez-moi de vous raconter la fois où il était moins une que je tue un homme à main nue, une catastrophe seulement évitée pour nous-deux grâce à une chance infime. Être « génétiquement prédisposé à la violence » ne vous condamne pas à devenir un tueur en masse, mais ne pas avoir d'espoir le peut. La créature de Frankenstein est devenue un monstre seulement lorsqu'elle a compris qu'elle ne pourrait jamais être autre chose.
On estime que, depuis ma jeunesse, le taux de dépression chez les enfants a augmenté de 1000% et les suicides chez les adolescents de 300%. Depuis 1997, les assassins de salle de classe en ont tués deux au Mississippi, trois au Kentucky, cinq en Arkansas et treize dans le Colorado. Faites un graphe avec ces chiffres et regardez-les croitre exponentiellement dans les années à venir, à moins que nous commencions à donner à nos enfants une nouvelle façon de faire et un vrai espoir pour le futur.
21:33 Ecrit par Goupil Lerenard dans 7 - Au-delà de la civilisation | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
02.09.2009
179 – Le massacre de Littleton
La page précédente a été écrite six mois avant l'indescriptible acte de violence qui s'est produit le « free cookie day *, le 20 avril 1999 au lycée Columbine, à Littleton dans le Colorado, où quinze moururent en moins de dix minutes. Bien que les auteurs de ce massacre étaient deux garçons très impopulaires, un camarade de classe se rappela par la suite qu'un des deux au moins était gentil.
Je n'étais pas populaire au lycée, pas autant que ces deux-là, mais je le gérais de la même manière, en l'ignorant et même en cultivant perversement cet état. J'avais aussi un complice, ayant ainsi une sorte de « solidarité dans l'exclusion ». A l'occasion, nous utilisions les deux la violence, mais bien sûr nous n'avons jamais rêvé d'assassiner des centaines de personnes, de dynamiter l'école ou de faire écraser un avion au milieu d'un quartier résidentiel.
Les choses étaient différentes il y a presque un demi-siècle, même si ce n'était pas « le bon vieux temps ». Nous ne pouvions nous permettre d'oublier qu'un mot de travers ou un instant de folie pouvait déclencher un holocauste nucléaire qui réduirait notre monde en ruines fumantes. Mais si cela ne se produisait pas, nous avions les deux devant nous un futur de promesses quasiment illimitées. Personne n'avait encore réalisé que nous étions en train de rendre la terre inhabitable. Personne n'avait encore douté qu'on puisse vivre de cette manière éternellement. Nous avions donc de l'espoir, des boisseaux, des acres, des tonnes d'espoir. Nous avions une façon d'agir que nous savions efficace. Nous avions des choix. Nous ne doutions pas un seul instant que nous pourrions faire n'importe quoi que nous désirions vraiment, parce que tout se passerait exactement de cette manière, allant mieux, et encore mieux, et encore mieux, et encore mieux, et encore mieux....éternellement.
* jour du cookie gratuit (Ndt)
22:15 Ecrit par Goupil Lerenard dans 7 - Au-delà de la civilisation | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
01.09.2009
178 – Ecoutez les enfants
Que ce soit intentionnel ou non, les suicidés se révèlent souvent dans le choix de leurs moyens. Les coupables se pendent. Les victimes sacrificielles se coupent la gorge. Les rejetés se jettent par la fenêtre ou du pont. Les esprits tourmentés se font sauter la cervelle. Dans My Ishmael, Jeffrey s'est enfoncé dans le lac en nous disant qu'il avait échoué à trouver son vrai élément. Il ne pouvait tout simplement pas faire entrer dans ses poumons cet air que les autres semblaient pouvoir respirer facilement.
J'ai parlé de Jeffrey (ou de son prototype dans la vie réelle, Paul Eppinger) à plusieurs assemblées, toujours avec la sensation de ne pas avoir réussi à montrer qu'il n'était pas extraordinaire. On le trouve partout chez nos enfants, si nous commençons à écouter. Je ne veux pas simplement dire d'écouter leurs mots, peut-être ne les auront-ils pas. Je parle d'écouter les histoires qu'ils racontent avec leurs gestes d'aliénation profonde et de désespoir, leurs histoires de suicide pandémique, la prise de drogue chez des enfants plus jeunes chaque année, d'actes de violence indescriptibles commis par des adolescents au visage rond envers leurs familles ou leurs amis. Ecoutez leurs mots, bien entendu, mais n'oubliez pas qu'ils ont été éduqués à l'école pour dire ce que les gens ont envie d'entendre. Leurs meurtriers de masse laissent généralement un souvenir de jeunes gens polis et agréables.
Je sais que j'ai échoué à me faire comprendre lorsque les gens me disent que Jeffrey « aurait du aller dans une communauté ». Cette idée montre l'incompréhension profonde de l'endroit où se trouve notre espace de liberté.
21:42 Ecrit par Goupil Lerenard dans 7 - Au-delà de la civilisation | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
31.08.2009
177 – Libération
Durant la période où des millions furent liquidés comme « ennemis du peuple », il y avait un certain poète « dangereux » qui était fameux pour sa mystérieuse capacité à échapper au déplaisir de Staline. Un journaliste français partit à sa recherche pour lui demander s'il était réduit au silence pendant ce règne de terreur.
«Réduit au silence ! » s'indigna le poète, « Je déclame ma poésie sur la scène du théâtre ____ tous les lundi soir ! »
Le journaliste fit tout son possible pour s'y trouver le lundi suivant, mais ne trouva que le théâtre sombre et fermé. Il y traina durant une heure, puis, alors qu'il s'apprêtait à partir, une porte de service s'ouvrit et le poète en sortit.
- « Que s'est-il passé ? », demanda le journaliste, « Je pensais que vous y donniez une audition ce soir. ».
- « J'ai donné une audition ce soir », déclara le poète avec emphase. « Mais il se trouve que je suis au mieux lorsque je récite devant une salle vide. »
Lorsque des gens me disent que mes livres les ont inspirés pour « aller quelque part et commencer un communauté », je dois leur souhaiter bonne chance, et réfréner mon envie de leur dire que c'est très loin de ce que je pouvais avoir en tête. Si vous ne pouvez vivre librement qu'au sommet d'une montagne ou dans une ile déserte, vous êtes clairement loin de la liberté.
21:37 Ecrit par Goupil Lerenard dans 7 - Au-delà de la civilisation | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
176 - Page blanche

21:21 Ecrit par Goupil Lerenard dans 7 - Au-delà de la civilisation | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
175 - Au-delà de la civilisation
SEPTIEME PARTIE
Au-delà de la civilisation
Une innovation scientifique importante fait rarement son chemin en gagnant et convertissant graduellement ses adversaires...
Ce qui se passe, c'est que les adversaires meurent graduellement et la génération suivante est familiarisée avec l'idée dès le début.
Max Planck
21:15 Ecrit par Goupil Lerenard dans 7 - Au-delà de la civilisation | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
28.08.2009
174 – La prochaine grande aventure de « l’humanité » ?
Dans The Story of B et à d’autres endroits j’ai pris beaucoup de soin pour établir le fait que nous, ceux-qui-prennent, les gens de cette culture, ne sommes pas l’humanité, et je ne vais certainement pas revenir sur cette assertion. Ce n’est pas l’humanité qui est présentement en train de convertir toute la biomasse de cette planète en biomasse humaine, ce sont les gens de notre culture, nous. Ce n’est pas l’humanité qui provoque par son expansion l’extinction de milliers d’espèces chaque année, ce sont les gens de notre culture, nous.
Alors pourquoi est-ce que je décris la Nouvelle Révolution Tribale comme la prochaine grande aventure de « l’humanité » au lieu de parler de « notre » prochaine grande aventure ? La réponse est simple : la civilisation n’était pas « notre » aventure. J’ai souvent insisté sur ce point dans ce livre, la civilisation était une aventure dans laquelle plusieurs peuples se sont embarqués. « Nous » n’étions pas les seuls, nous étions seulement les seuls à la pousser au point de l’auto-immolation. Et si la civilisation n’était pas seulement « notre » grande aventure, comme la prochaine grande aventure pourrait-elle être seulement « la notre » ?
La Nouvelle Révolution Tribale n’est pas destinée à être uniquement la notre, tous ceux qui veulent peuvent la rejoindre après tout. Mais ce n’est pas obligatoire. L’ancien tribalisme avec lequel l’humanité est devenue l’humanité est aussi bon qu’autrefois. Il ne s’usera jamais et ne sera jamais obsolète. Marcher sur la lune était un grand exploit pour l’humanité, mais il ne signifie pas que tous les humains doivent le faire.
FIN DU CHAPITRE
Version PDF mise à jour.
Prochain et dernier chapitre (15 pages): Au-delà de la civilisation
Pendant ce temps, vous pouvez aussi lire le premier numéro de Vert & Noir
17:04 Ecrit par Goupil Lerenard dans 6 - La nouvelle révolution tribale | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
173 – Changement systémique
La Nouvelle Révolution Tribale est une voie pour nous échapper de la prison qu’est notre culture. Les murs de cette prison sont économiques. Cela veut dire que le besoin de gagner sa vie nous retient à l’intérieur parce qu’il n’y a aucun moyen de gagner sa vie* de l’autre côté. Nous ne pouvons utiliser la solution des Mayas : nous ne pouvons pas disparaitre dans un tribalisme ethnique. Par contre nous pouvons disparaitre dans une vie de tribalisme occupationnel.
Est-ce que cela réduira notre civilisation en ruines fumantes ? Bien sûr que non. Cela la diminuera. Plus il y aura des gens qui verront que passer le mur signifie obtenir quelque chose de mieux (et non « abandonner » quelque chose), plus il y aura de gens pour abandonner la culture du préjudice maximal, et plus cette culture sera abandonnée, mieux ce sera.
Cette voie pour nous échapper mène à la prochaine invention de l’humanité.
Mais ainsi, est-ce que cette prochaine invention nous donnera un style de vie durable ?
Voici comment je le vois : les humains vivant en tribus étaient écologiquement aussi stables que les lions en meutes ou les babouins en troupes. C’était le cadeau de la sélection naturelle, un succès éprouvé, pas la perfection mais difficile à améliorer. De l’autre côté, la hiérarchisation, a prouvé qu’elle était non seulement imparfaite mais au contraire catastrophique pour la terre et pour nous-mêmes. Lorsque l’avion chute et que quelqu’un vous offre un parachute, vous ne demandez pas à voir la garantie.
* dans le sens de subsister (Ndt)
16:32 Ecrit par Goupil Lerenard dans 6 - La nouvelle révolution tribale | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
27.08.2009
172 – Tirons-nous et faisons le mur !
Le professeur d'anthropologie James W. Fernandez écrit que « les anthropologues, contrairement aux philosophes, considèrent que les mondes culturels commencent à exister par la représentation d'un mélange de métaphores. » (Emphase ajoutée).
Alors je suis heureux de mélanger quelques métaphore pour provoquer l'existence d'un nouveau monde culturel.
Après plusieurs heures passées à expliquer le mouvement d'au-delà de la civilisation à la vie tribale, un des participants à mon séminaire disait qu'il ne voyait toujours pas comment cela rendrait la vie humaine plus durable. Nous avons fait un bout de chemin depuis la dernière fois que j'ai évoqué ce problème alors parlons-en. C'est une question valable et importante. La Nouvelle Révolution Tribale peut donner aux gens une meilleure vie mais si elle ne sert pas à perpétuer notre espèce au-delà de quelques décennies, alors à quoi sert-elle ?
Actuellement nous sommes environ six milliards dans ce que j'ai appelé la culture du préjudice maximum. Seuls dix pour cent de ces six milliards sont à ce point préjudiciables, dévorant les ressources à fond, contribuant au réchauffement global à fond, etc, mais les autres nonante pour cent, n'ayant aucune meilleure perspective, veulent seulement être comme les dix pour cent. Ils envient ces dix pour cent et sont convaincus que vivre d'une manière hyper-préjudiciable est le meilleure façon de vivre.
Si nous ne leur donnons pas quelque chose de meilleur à espérer, nous sommes fichus.
21:38 Ecrit par Goupil Lerenard dans 6 - La nouvelle révolution tribale | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note


