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  • 184 – Pas de meilleure façon

    Une fois qu'on le réalise, il devient parfaitement clair que c'est l'histoire qui a été mise en scène durant les trois ou quatre premiers millions d'années de la vie humaine. On sent aussi clairement que la notre n'est qu'un cas particulier d'une histoire plus vaste, écrite dans la communauté du vivant elle-même depuis le début, il y a cinq milliards d'années: Il n'y a pas une façon de vivre qui soit la meilleure pour N'IMPORTE QUOI.

    Pas de meilleure façon d'articuler une machoire.
    Pas de meilleure façon de bâtir un nid.
    Pas de meilleure façon de concevoir un oeil.
    Pas de meilleure façon de nager sous l'eau.
    Pas de meilleure façon de se reproduire.
    Pas de meilleure façon d'élever ses enfants.
    Pas de meilleure façon de former une aile.
    Pas de meilleure façon d'attaquer votre proie.
    Pas de meilleure façon de se défendre contre une attaque.

    C'est ainsi que nous les humains sommes arrivés à ce point, en mettant en scène cette histoire, et ça a fonctionné fantastiquement bien jusqu'à il y a dix mille ans, quand une culture étrange est devenue obsédée par la notion qu'il devait n'y avoir qu'une seule bonne façon de vivre, et par conséquent une seule bonne façon de faire  presque tout.

  • 183 – Vivre une autre histoire

    Comme je l'ai développé dans Ishmael, « l'histoire » que nous mettons en scène dans notre culture est la suivante: Le monde a été créé pour la conquête et la domination de l'homme, et l'homme a été créé pour la conquérir et la dominer ; et sous la domination de l'homme le monde aurait pu devenir un paradis si ce n'est qu'il (Ndt: l'homme) est fondamentalement et irrémédiablement imparfait. Cette histoire, mythologique, est la fondation de toutes nos mythologies culturelles, et j'ai dit dans Ishmael qu'il n'était pas possible pour les gens de simplement cesser de vivre dans ce genre d'histoire. Il doivent avoir une autre histoire à vivre.

    Lorsque j'ai écrit ces mots, je n'ai pas réalisé que des gens pourraient imaginer que cette « autre » histoire puisse être une création toute neuve que moi ou un groupe de mythologues conjurerions du néant, mais bien sûr certains l'ont fait. Mais étrangement, mis au défi de formuler cette autre histoire, que j'ai décrite comme ayant été mise en scène durant les trois premiers millions d'années de l'histoire humaine, j'ai découvert que je ne parvenais pas à le faire d'une façon satisfaisante. C'est parce que j'essayais de la formuler de façon qu'elle soit parallèle en tout point à la notre. Je n'ai pas réalisé pendant un bon bout de temps que l'autre histoire était bien plus simple (bien plus « primitive ») que la notre, et que je l'avais déjà formulée. A mon sens, c'est la plus belle histoire jamais racontée.

    Il n'y a pas une façon de vivre qui soit la meilleure.

  • 182 – Pourquoi les choses ne changent-elles pas ?

    La période hippie des années 60 et 70 a produit beaucoup de chansons sur la révolution, mais cette révolution ne s'est jamais matérialisée, parce que les révolutionnaires n'ont jamais réalisé qu'ils devraient trouver une façon révolutionnaire de gagner leur vie. Leur contribution typique fut de démarrer des communautés, une  idée toute neuve issue des mêmes individus qui nous avaient amené les perruques poudrées.

    Lorsque l'argent s'est tari et que les parents en ont eu assez, les enfants regardèrent autour d'eux et ne virent rien d'autre à faire que de faire la queue pour trouver un job à la mine. Et en un clin d'oeil ils se retrouvèrent à pousser des pierres en haut de la même pyramide que leurs parents, grands parents, et arrière-grand-parents bâtissaient depuis des siècles.

    Cette fois-ci ce sera différent. Il y a intérêt.

  • 181 – Un espace culturel pour nous

    Les gens qui ne désirent pas passer leur vie à bâtir un genre de pyramide pharaonique ont tous un besoin commun, mais ce besoin est ressenti plus fortement par les jeunes qui sont les vraies bêtes de somme de l'opération. Il y a soixante ans, les jeunes diplômés décrochaient un poste dans les usines où il pouvaient espérer grimper la même échelle d'avancement que leurs parents. A l'ère postindustrielle, les jeunes gens (comme l'ont signalé James E. Côté et Anton L. Allahar) sont de plus en plus marginalisés dans les secteurs de la vente et des services où ils passent leur  temps à soulever et transporter, remplir des rayons, balayer, emballer des courses et frire des hamburgers; ils n'apprennent aucun métier et en n'ont aucune perspective de carrière devant eux.

    Ce qu'ils et nous voulons, ce n'est pas un espace géographique, c'est un espace culturel. Carlos, qui a fait sa maison sous une grue au parc Riverside, sait qu'un certain genre de liberté implique de vivre dans un trou. Mais il sait aussi que ce n'est pas la « vraie liberté » si vous devez vivre dans un trou pour l'obtenir. Il veut le genre de liberté que les gens ont quand il vivent où ça leur plait et n'ont pas besoin de se réfugier dans un trou, même dans le « panoramique Ozarks » ou les « contreforts du Kentucky ». Il voulait une liberté sur toute la terre, comme la plupart d'entre nous je pense. Pour l'obtenir, nous devons reprendre le monde des mains des pharaons. Ce ne sera pas difficile. Ils ne s'attendent pas à ça, et même s'ils s'y attendaient, il ne pourraient pas l'arrêter.

  • 180 – Écoutons les monstres

    Est-ce que Eric Harris et Dylan Klebold seraient devenu les « monstres d'à côté » (comme les as surnommés le magazine Time) s'ils avaient eu une autre façon de faire ? A l'école ils étaient traités de « sacs à merde » ou de « pédales » et leurs camarades leur lançaient des bouteilles ou des pierres depuis leurs voitures. Est-ce qu'ils y sont allés parce qu'ils voulaient être maltraités ? Non, nous savons parfaitement pourquoi ils y étaient: ils n'avaient aucun choix là-dessus. Ils « devaient » y aller, forcés par la loi et la pression sociale. S'il y avait eu une autre façon de faire, ils auraient disparu de Columbine bien avant que leur seul rêve devienne un rêve de vengeance et de suicide.

    Est-ce qu'un scanner du cerveau aurait révélé qu'ils étaient « génétiquement prédisposés à la violence » ? Peut-être, et alors ? Un scanner du cerveau révèlerait la même chose à mon sujet. Rappelez-moi de vous raconter la fois où il était moins une que je tue un homme à main nue, une catastrophe seulement évitée pour nous-deux grâce à une chance infime. Être « génétiquement prédisposé à la violence » ne vous condamne pas à devenir un tueur en masse, mais ne pas avoir d'espoir le peut. La créature de Frankenstein est devenue un monstre seulement lorsqu'elle a compris qu'elle ne pourrait jamais être autre chose.

    On estime que, depuis ma jeunesse, le taux de dépression chez les enfants a augmenté de 1000% et les suicides chez les adolescents de 300%. Depuis 1997, les assassins de salle de classe en ont tués deux au Mississippi, trois au Kentucky, cinq en Arkansas et treize dans le Colorado. Faites un graphe avec ces chiffres et regardez-les croitre exponentiellement dans les années à venir, à moins que nous commencions à donner à nos enfants une nouvelle façon de faire et un vrai espoir pour le futur.

  • 179 – Le massacre de Littleton

    La page précédente a été écrite six mois avant l'indescriptible acte de violence qui s'est produit le « free cookie day *, le 20 avril 1999 au lycée Columbine, à Littleton dans le Colorado, où quinze moururent en moins de dix minutes. Bien que les auteurs de ce massacre étaient deux garçons très impopulaires, un camarade de classe se rappela par la suite qu'un des deux au moins était gentil.

    Je n'étais pas populaire au lycée, pas autant que ces deux-là, mais je le gérais de la même manière, en l'ignorant et même en cultivant perversement cet état. J'avais aussi un complice, ayant ainsi une sorte de « solidarité dans l'exclusion ». A l'occasion, nous utilisions les deux la violence, mais bien sûr nous n'avons jamais rêvé d'assassiner des centaines de personnes, de dynamiter l'école ou de faire écraser un avion au milieu d'un quartier résidentiel.

    Les choses étaient différentes il y a presque un demi-siècle, même si ce n'était pas  « le bon vieux temps ». Nous ne pouvions nous permettre d'oublier qu'un mot de travers ou un instant de folie pouvait déclencher un holocauste nucléaire qui réduirait notre monde en ruines fumantes. Mais si cela ne se produisait pas, nous avions les deux devant nous un futur de promesses quasiment illimitées. Personne n'avait encore réalisé que nous étions en train de rendre la terre inhabitable. Personne n'avait encore douté qu'on puisse vivre de cette manière éternellement. Nous avions donc de l'espoir, des boisseaux, des acres, des tonnes d'espoir. Nous avions une façon d'agir que nous savions efficace. Nous avions des choix. Nous ne doutions pas un seul instant que nous pourrions faire n'importe quoi que nous désirions vraiment, parce que tout se passerait exactement de cette manière, allant mieux, et encore mieux, et encore mieux, et encore mieux, et encore mieux....éternellement.


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  • 178 – Ecoutez les enfants

    Que ce soit intentionnel ou non, les suicidés se révèlent souvent dans le choix de leurs moyens. Les coupables se pendent. Les victimes sacrificielles se coupent la gorge. Les rejetés se jettent par la fenêtre ou du pont. Les esprits tourmentés se font sauter la cervelle. Dans My Ishmael, Jeffrey s'est enfoncé dans le lac en nous disant qu'il avait échoué à trouver son vrai élément. Il ne pouvait tout simplement pas faire entrer dans ses poumons cet air que les autres semblaient pouvoir respirer facilement.

    J'ai parlé de Jeffrey (ou de son prototype dans la vie réelle, Paul Eppinger) à plusieurs assemblées, toujours avec la sensation de ne pas avoir réussi à montrer qu'il n'était pas extraordinaire. On le trouve partout chez nos enfants, si nous commençons à écouter. Je ne veux pas simplement dire d'écouter leurs mots, peut-être ne les auront-ils pas. Je parle d'écouter les histoires qu'ils racontent avec leurs gestes d'aliénation profonde et de désespoir, leurs histoires de suicide pandémique, la prise de drogue chez des enfants plus jeunes chaque année, d'actes de violence indescriptibles commis par des adolescents au visage rond envers leurs familles ou leurs amis. Ecoutez leurs mots, bien entendu, mais n'oubliez pas qu'ils ont été éduqués à l'école pour dire ce que les gens ont envie d'entendre. Leurs meurtriers de masse laissent généralement un souvenir de jeunes gens polis et agréables.

    Je sais que j'ai échoué à me faire comprendre lorsque les gens me disent que Jeffrey « aurait du aller dans une communauté ». Cette idée montre l'incompréhension profonde de l'endroit où se trouve notre espace de liberté.