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  • 177 – Libération

    Durant la période où des millions furent liquidés comme « ennemis du peuple », il y avait un certain poète « dangereux » qui était fameux pour sa mystérieuse capacité à échapper au déplaisir de Staline. Un journaliste français partit à sa recherche pour lui demander s'il était réduit au silence pendant ce règne de terreur.
    «Réduit au silence ! » s'indigna le poète, « Je déclame ma poésie sur la scène du théâtre ____ tous les lundi soir ! »

    Le journaliste fit tout son possible pour s'y trouver le lundi suivant, mais ne trouva que le théâtre sombre et fermé. Il y traina durant une heure, puis, alors qu'il s'apprêtait à partir, une porte de service s'ouvrit et le poète en sortit.
    - « Que s'est-il passé ? », demanda le journaliste, « Je pensais que vous y donniez une audition ce soir. ».
    - « J'ai donné une audition ce soir », déclara le poète avec emphase. « Mais il se trouve que je suis au mieux lorsque je récite devant une salle vide. »

    Lorsque des gens me disent que mes livres les ont inspirés pour « aller quelque part et commencer un communauté », je dois leur souhaiter bonne chance, et réfréner mon envie de leur dire que c'est très loin de ce que je pouvais avoir en tête. Si vous ne pouvez vivre librement qu'au sommet d'une montagne ou dans une ile déserte, vous êtes clairement loin de la liberté.

  • 175 - Au-delà de la civilisation

    SEPTIEME PARTIE


    Au-delà de la civilisation

    Une innovation scientifique importante fait rarement son chemin en gagnant et convertissant graduellement ses adversaires...
    Ce qui se passe, c'est que les adversaires meurent graduellement et la génération suivante est familiarisée avec l'idée dès le début.

    Max Planck

  • 174 – La prochaine grande aventure de « l’humanité » ?

    Dans The Story of B et à d’autres endroits j’ai pris beaucoup de soin pour établir le fait que nous, ceux-qui-prennent, les gens de cette culture, ne sommes pas l’humanité, et je ne vais certainement pas revenir sur cette assertion. Ce n’est pas l’humanité qui est présentement en train de convertir toute la biomasse de cette planète en biomasse humaine, ce sont les gens de notre culture, nous. Ce n’est pas l’humanité qui provoque par son expansion l’extinction de milliers d’espèces chaque année, ce sont les gens de notre culture, nous.

    Alors pourquoi est-ce que je décris la Nouvelle Révolution Tribale comme la prochaine grande aventure de « l’humanité »  au lieu de parler de « notre » prochaine grande aventure ? La réponse est simple : la civilisation n’était pas « notre » aventure. J’ai souvent insisté sur ce point dans ce livre, la civilisation était une aventure dans laquelle plusieurs peuples se sont embarqués. « Nous » n’étions pas les seuls, nous étions seulement les seuls à la pousser au point de l’auto-immolation. Et si la civilisation n’était pas seulement « notre » grande aventure, comme la prochaine grande aventure pourrait-elle être seulement « la notre » ?

    La Nouvelle Révolution Tribale n’est pas destinée à être uniquement la notre, tous ceux qui veulent peuvent la rejoindre après tout. Mais ce n’est pas obligatoire. L’ancien tribalisme avec lequel l’humanité est devenue l’humanité est aussi bon qu’autrefois. Il ne s’usera jamais et ne sera jamais obsolète. Marcher sur la lune était un grand exploit pour l’humanité, mais il ne signifie pas que tous les humains doivent le faire.

     

    FIN DU CHAPITRE

    Version PDF mise à jour.

    Prochain et dernier chapitre (15 pages): Au-delà de la civilisation

    Pendant ce temps, vous pouvez aussi lire le premier numéro de Vert & Noir

  • 173 – Changement systémique

    La Nouvelle Révolution Tribale est une voie pour nous échapper de la prison qu’est notre culture. Les murs de cette prison sont économiques. Cela veut dire que le besoin de gagner sa vie nous retient à l’intérieur parce qu’il n’y a aucun moyen de gagner sa vie* de l’autre côté. Nous ne pouvons utiliser la solution des Mayas : nous ne pouvons pas disparaitre dans un tribalisme ethnique. Par contre nous pouvons disparaitre dans une vie de tribalisme occupationnel.

    Est-ce que cela réduira notre civilisation en ruines fumantes ? Bien sûr que non. Cela la diminuera. Plus il y aura des gens qui verront que passer le mur signifie obtenir quelque chose de mieux (et non « abandonner » quelque chose), plus il y aura de gens pour abandonner la culture du préjudice maximal, et plus cette culture sera abandonnée, mieux ce sera.

    Cette voie pour nous échapper mène à la prochaine invention de l’humanité.

    Mais ainsi, est-ce que cette prochaine invention nous donnera un style de vie durable ?
    Voici comment je le vois : les humains vivant en tribus étaient écologiquement aussi stables que les lions en meutes ou les babouins en troupes. C’était le cadeau de la sélection naturelle, un succès éprouvé, pas la perfection mais difficile à améliorer. De l’autre côté, la hiérarchisation, a prouvé qu’elle était non seulement imparfaite mais au contraire catastrophique pour la terre et pour nous-mêmes. Lorsque l’avion chute et que quelqu’un vous offre un parachute, vous ne demandez pas à voir la garantie.

    * dans le sens de subsister (Ndt)


     

  • 172 – Tirons-nous et faisons le mur !

    Le professeur d'anthropologie James W. Fernandez écrit que « les anthropologues, contrairement aux philosophes, considèrent que les mondes culturels commencent à exister par la représentation d'un mélange de métaphores. » (Emphase ajoutée).
    Alors je suis heureux de mélanger quelques métaphore pour provoquer l'existence d'un nouveau monde culturel.

    Après plusieurs heures passées à expliquer le mouvement d'au-delà de la civilisation à la vie tribale, un des participants à mon séminaire disait qu'il ne voyait toujours pas comment cela rendrait la vie humaine plus durable. Nous avons fait un bout de chemin depuis la dernière fois que j'ai évoqué ce problème alors parlons-en. C'est une question valable et importante. La Nouvelle Révolution Tribale peut donner aux gens une meilleure vie mais si elle ne sert pas à perpétuer notre espèce au-delà de quelques décennies, alors à quoi sert-elle ?

    Actuellement nous sommes environ six milliards dans ce que j'ai appelé la culture du préjudice maximum. Seuls dix pour cent de ces six milliards sont à ce point préjudiciables, dévorant les ressources à fond, contribuant au réchauffement global à fond, etc, mais les autres nonante pour cent, n'ayant aucune meilleure perspective, veulent seulement être comme les dix pour cent. Ils envient ces dix pour cent et sont convaincus que vivre d'une manière hyper-préjudiciable est le meilleure façon de vivre.

    Si nous ne leur donnons pas quelque chose de meilleur à espérer, nous sommes fichus.

  • 171 – La raison pour laquelle ce que nous avons n'est pas durable

    Une des doctrines fondamentale de notre mythologie culturelle est que la seule chose qui n'aille pas chez nous humains est que nous ne sommes pas assez bien faits. Il faut que nous soyons fait de meilleurs matériaux, en suivant des meilleurs plans (probablement fournis par une version verte de nos religions traditionnelles). Il suffit que nous soyons faits plus gentils, plus doux, plus aimants, moins égoïstes, plus visionnaires, etc, puis tout ira mieux. Bien sûr personne n'a réussi à nous rendre meilleurs l'an passé, ou l'année d'avant, ou encore l'année d'avant, ou n'importe quelle année durant l'histoire écrite, mais peut-être que cette année nous aurons de la chance, ou l'année prochaine, ou l'année suivante.

    Ce que j'ai tenté de dire à travers tous mes livres est que le défaut de notre civilisation ne vient pas des gens, il est dans le système. Il est vrai que ce système s'est tenu debout durant dix millénaires, ce qui est une longue période à l'échelle d'une vie humaine, mais lorsqu'on le considère à l'échelle de l'histoire humaine, cet épisode n'est pas remarquable pour sa durée épique mais pour sa tragique brièveté.

    Dans Ishmael j'ai comparé notre machine civilisationnelle à un avion qui serait en vol depuis dix mille ans, mais plutôt en chute libre qu'en vol réel. Si nous y restons, nous allons nous écraser, et bientôt. Mais si la plupart d'entre nous l'allégeons en l'abandonnant, il pourra probablement rester en l'air pour un bon moment (pendant que nous autres essayons autre chose de plus sensé).

  • Au-delà de la civilisation en vidéo

    Après Ishmael, c'est à ce livre d'être lu et mixé avec des images. C'est le tout début et il y a peu de chapitres.

  • 170 – Une parabole sur la durabilité

    Un inventeur amena ses plans d'un nouvel engin à un ingénieur, qui l'examina et dit :
    - Il y a là un défaut systémique qui signifie qu'il va se casser après quelques minutes d'utilisation.

    L'inventeur répliqua :
    - Non, c'est bien conçu, chaque partie doit être fabriquée avec soin avec les meilleurs matériaux et en suivant exactement les plans.

    L'ingénieur fabriqua l'engin mais il se cassa après quatre minutes d'utilisation. L'inventeur ne se découragea pas et dit :
    - Tu n'as pas fait ce que j'ai demandé, tu dois utiliser des matériaux encore meilleurs, les meilleurs disponibles, et fabriquer chaque pièce en suivant exactement les plans.

    L'ingénieur essaya encore et le nouveau modèle fonctionna pendant huit minutes.
    - Tu vois, lui dit l'inventeur, nous faisons d'énormes progrès. Essaye encore en utilisant des matériaux encore meilleurs et en étant encore plus précis.
    Le nouvel engin fonctionna pendant dix minutes. On dit à l'ingénieur d'utiliser des meilleurs matériaux et d'être encore plus précis. Le nouveau modèle fonctionna pendant onze minutes.

    L'inventeur voulait continuer ainsi, espérant des pièces parfaites, mais l'ingénieur refusa et lui dit :
    - Ne vois-tu pas la diminution des rendements ? Nous perdons notre temps à essayer de faire fonctionner quelque chose de mal conçu en améliorant ses parties. Apporte-moi une conception viable et je te garantis de construire un engin qui fonctionne pendant des années, à partir de matériaux et de plans ordinaires !

  • 169 - Tribus et communautés

    Pressée dans le moule de la hiérarchie, une tribu devient ce que les civilisés appellent une communauté. De tous temps, à l'intérieur de la hiérarchie d'une civilisation, les communautés montrent des similitudes à toutes les échelles. Le village médiéval de Wharram Percy dans le Yorkshire était un microcosme de l'Angleterre féodale de la même manière qu'Evanston est un microcosme de l'Amérique moderne. Cette espèce de similitude fractale entre le microcosme et le macrocosme est selon John Briggs et David F. Peat « un produit complexe de toutes les relations de rétro-action internes qui se produisent dans un système dynamique » comme le notre. Il est inévitable que Evanston, et Los Angeles Est, Harlem, Broken Arrow et Oklahoma vont toutes refléter l'organisation hiérarchique de notre société entière, avec des riches, une classe moyenne et des pauvres. Cela ne fait aucune différence que les riches d'Evanston soient plus riches que ceux de Los Angeles Est ou que les pauvres de Harlem soient plus pauvres que ceux de Broken Arrow. La structure est présente.

    Le mot communauté est lui-même une reconnaissance d'honnêteté et ceux qui ne le méritent pas n'y ont pas droit. Les homosexuels se sont battus longtemps et durement pour devenir la « communauté homo », mais les pédophiles et les pornographe n'auront aucune chance. Les truands, les criminels, les détenus et les fanatiques religieux n'ont pas de communautés, ils ont des gangs, des bandes, des populations et des sectes.

    Je peux m'imaginer d'honnêtes gens attirés par l'objectivisme, la simplicité volontaire ou le creative individualism. J'ai plus de peine à les imaginer attirés par la vie tribale. Peut-être qu'il n'y a que moi.