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  • 147 – Quelles affaires s'y prêtent ?

    Pour autant que je sache, toute entreprise qui peut réussir de manière conventionnelle peut réussir de manière tribale, avec quelques exceptions. Une affaire qui s'articule autour du travail d'un seul individu ne semble pas se prêter à l'approche tribale. Par exemple, il est difficile d'imaginer un médecin général et son équipe administrative travaillant ensemble de manière tribale. La différence entre ce que le médecin fourni et ce que les autres fournissent est trop grande. De l'autre côté, on peut concevoir un hôpital tribal, car là le médecin fournit autant que le chirurgien, l'administrateur, l'anesthésiste, et ainsi de suite. Je n'ai pas réussi à trouver une manière de rendre tribal le métier d'auteur, sauf si on veut s'auto-publier.

    Par exemple les restaurants, les paysagistes, la construction peuvent être gérés tribalement, et je suis sur que plusieurs le sont. Gardez à l'esprit que, comme on l'a défini, une tribu n'est rien de plus qu'une coalition de gens travaillant ensemble en tant qu'égaux pour gagner leur vie. Je ne vois vraiment aucune limite aux possibilités.

  • 146 – Les ingrédients du business tribal

    Le fait d'être simplement tribal n'est évidemment pas une garantie de succès. Les éléments généralement nécessaires au succès doivent également être présents. Dans notre cas, il devait y avoir un public pour notre journal et un bon nombre de commerces désirant faire de la publicité, et nous avions les deux.

    Mais en plus, Rennie et moi avions été très chanceux de trouver deux personnes qui étaient prêtes à s'investir personnellement dans le lancement d'un journal, qui se contentaient de gagner leur vie (plutôt que de faire fortune), et qui étaient habituées à vivre de peu (comme nous). Avec tout cela, nous pouvions difficilement échouer.

    Je pense qu'au minimum il faut un groupe de personnes qui (1) ont parmi elles toutes les compétences nécessaires pour démarrer et faire tourner une affaire, (2) qui se contentent d'un niveau de vie modeste, et (3) qui sont d'accord de « penser triballement », c'est-à-dire prendre ce dont ils ont besoin plutôt que d'attendre un salaire.

  • 145 – Que sont devenus Hap et C.J. ?

    Nous utilisions le journal comme moyen de fournir à tous ce dont nous avions besoin. Par exemple quand Hap avait besoin d'un nouveau pneu, nous échangions une publicité avec le fournisseur local de pneus. Lorsque C.J. était dans l'incapacité de souscrire un abonnement téléphonique, nous co-signions le contrat. Nous n'avions aucun doute que si les positions étaient inversées, ils auraient fait la même chose pour nous.

    Lorsque nous avons vendu le journal, nous avons conseillé au nouveau propriétaire de continuer à travailler avec Hap et C.J., mais il a rapidement fait comprendre qu'il avait d'autres projets. A ce moment Hap était devenu une quasi célébrité grâce à son travail au journal et n'a pas eu de peine à trouver une place au Torrance Country Citizen, un journal dont la couverture se superposait à la notre au sud. Au moment où j'écris ces lignes, il y est toujours. La photo de moi sur la jaquette de Providence a été faite par lui lors d'une visite dans la région en 1993.

    C.J. s'est mariée, a quitté la région et depuis nous n'avons plus eu de contact. Si vous la voyez, dites-lui que nous aimerions bien avoir de ses nouvelles.

  • 144 – Le bénéfice tribal

    Le journal d'Albuquerque ne couvrait pas du tout les nouvelles de « notre côté » de la montagne, à part quelques crimes occasionnels. Pour la toute première fois, grâce au East Mountain News, les gens pouvaient savoir ce qui se passait dans leur région, évènements scolaires, politiques, sociaux, tout le spectre de la vie qui compte comme « nouvelle ». Bien qu'ils n'avaient aucune possibilité de le savoir, c'était un bénéfice direct de notre volonté de produire le journal de manière tribale. Nous n'aurions pas eu les moyens d'offrir un vrai journal en le produisant de la manière ordinaire.

    Je n'étais personnellement pas très impliqué à faire du East Mountain News un vrai journal. Mon rôle était d'insérer les annonces. Une fois, après une série de numéros à quatre ou huit pages qui nous avait un peu déprimés, j'ai dit « pourquoi ne ferions-nous pas simplement un [shopper] ? ». Cette proposition a été immédiatement refusée. Rennie, Hap et C.J. s'y impliquaient parce que c'était un journal, pas parce que ça rapportait de l'argent. Le fait qu'en tant que [shopper] il rapporterait plus d'argent n'avait aucune importance. Ils n'obtiendraient plus ce qu'ils voulaient s'il devenait un [shopper], et le fait d'avoir simplement un peu plus d'argent ne compenserait pas la perte.

    Le point important est que nous n'abandonnions rien du tout en étant tribaux. Nous obtenions quelque chose en étant tribaux, quelque chose qui aurait été autrement hors d'atteinte. Nous n'étions pas tribaux parce que nous étions nobles et altruistes, nous étions tribaux parce que nous étions avides et égoïstes.

  • 143 – Le succès et l'échec du journal

    Le succès étonnant du journal venait du fait que Rennie et moi, en le gérant tribalement, avons pu démarrer une affaire avec presque aucun capital (un petit peu de liquidités et du vieux matériel typographique généreusement mis à disposition par James, le frère de Rennie). Cela aurait coûté des centaines de milliers de dollars pour lancer un journal de la façon ordinaire, et il n'emploierait que du personnel embauché au tarif normal. Lancé de la façon ordinaire, il nous aurait fallu au moins cinq ans pour équilibrer les charges. Lancé de façon tribale, il était équilibré dès la première semaine. Compte tenu de la grandeur de la zone couverte et le petit potentiel publicitaire, il n'aurait jamais généré assez de recettes publicitaires pour intéresser un éditeur avec des buts capitalistes ordinaires. Et en fait il a fait rapidement faillite après avoir été racheté par un agent immobilier local qui pensait le gérer comme n'importe quel business.

    A vrai dire, la région de cette époque ne pouvait faire vivre un journal rentable. Elle pouvait faire vivre un [shopper] (une feuille d'annonces publicitaires avec quelques petites histoires). Et en fait, après que le East Mountain View se soit arrêté, c'est un [shopper] qui a pris la place.

  • 142 – Le cirque du East Mountain News

    Comme au cirque, chacun de nous avait une tâche essentielle au succès global. Comme au cirque, le plus mauvais job était celui du patron (tenu par Rennie), et personne ne l'enviait ou pensait une seule seconde qu'elle était trop payée.

    Comme au cirque, tout le monde savait que le journal devait gagner de l'argent, mais gagner de l'argent n'était pas la finalité. Comme les gens du cirque, nous avions une façon de gagner notre vie qui nous convenait. Pour la conserver nous devions faire en sorte que le journal continue. Nous avions tous besoin de ce journal.

    Sans en discuter, nous savions tous que, comme un cirque, nous devions faire vivre le journal pour qu'il puisse nous faire vivre. Le seul problème était que la tribu avait besoin de quelques membres en plus et nous ne le voyions pas. Le patron avait besoin de partager quelque uns de ses travaux les plus pénibles, et il y en avait beaucoup, si on considère qu'on couvrait une zone de la taille de Rhode Island. Rennie s'épuisait progressivement mais les gens dont nous avions besoin ne se pressaient pas au portillon pour mêler leur destin aux nôtres et (par la même occasion) étendre notre activité de sorte qu'ils puissent aussi gagner leur vie avec elle. Plusieurs se sont présentés pour être embauchés mais ils n'étaient intéressés que par le salaire. Quand ils ont vu le peu que nous gagnions, ils sont partis. Ils ne pouvaient se contenter de vivre du journal et de faire leur le succès du journal, comme nous le faisions.