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  • 141 – Pourquoi ça a fonctionné

    Nous nous sommes soudainement retrouvés, modestement, dans les affaires. Aucun de nous n'était salarié. A la fin de la semaine, lorsque le numéro était sorti, Rennie s'asseyait avec C.J. Et Hap et divisait ce qui restait des revenus publicitaires après les frais d'impression. Notre règle était d'imprimer autant que les revenus publicitaires pouvaient payer. Si nous avions assez d'annonceurs pour douze pages, nous en imprimions douze et c'était une « bonne semaine ». Si nous n'avions assez que pour huit, alors nous en imprimions huit et c'était une « semaine honorable ».

    Le journal a fonctionné ainsi pendant deux saisons. Tout d'abord nous vivions très modestement, ce que nous tirions du journal (une misère selon les standards habituels) était suffisant. Ensuite ce n'était pas qu'une question de gagner de l'argent. Nous aimions tous le journal et étions tous très fiers de nos contributions. Les photos de Hap étaient aussi bonnes que n'importe quelle photo publiée dans un grand journal métropolitain. Les rubriques de C.J. étaient fabuleuses. Les nouvelles et articles de Rennie auraient pu servir de modèle à une école de journalisme. Je trimais toujours sur la sixième version du livre qui allait devenir Ishmael et me consacrais trois jours par semaine au journal, m'occupant de mise en page, cela me faisait une pause et me donnait la possibilité de faire quelque chose d'autre de plaisant.

    Nous étions loin d'être aussi nombreux qu'une tribu ethnique, ni ne vivions en communauté, mais nous recevions malgré tout les bénéfices principaux de la vie tribale.

  • 140 – Le East Mountain News

    Dès que j'ai commencé à considérer le problème sous un autre angle, j'ai réalisé que Rennie et moi et deux autres personnes étions déjà (de manière inconsciente) en train de gagner notre vie d'une manière tout à fait tribale en éditant le East Mountain News dans une vaste zone à l'est d'Albuquerque au Nouveau Mexique. Rennie et moi avions démarré ce journal comme sorte de placement spéculatif avec quasiment aucun capital. Après avoir publié quelques numéros, nous avons reçu un appel de Hap Veerkamp, un vieux professionnel du journalisme en retraite forcée (car personne ne voulait l'embaucher à cause de son âge). Il nous a dit qu'il pouvait quasiment tout faire dans un journal, sauf vendre de la publicité. Nous lui avons répondu que nous serions heureux d'avoir ses histoires et ses photos, mais que si nous ne trouvions personne pour se charger de vendre de la publicité, nous risquions de faire rapidement faillite. Il a répondu qu'il tentait le coup. Quelques semaines plus tard nous avons été contactés par C.J. Harper, une jeune femme qui voulait à tout prix être journaliste et avait une idée pour une rubrique qui pourrait nous plaire. Nous avons aimé son article et nous l'avons aimé elle. La question suivants fut « Savez-vous vendre de la publicité ? »
    Elle répondit: « Je peux vendre n'importe quoi. »

  • 139 – La tribu du corbeau, et autres

    Grâce à son père, Jeffrey a pu vivre comme un vagabond sans être stigmatisé comme SDF. Il n'avait manifestement aucun intérêt pour le travail, mais personne ne lui a intimé de « trouver un travail » parce qu'il n'a jamais eu besoin de tendre ses mains pour demander l'aumône. Il a peut-être été trop chanceux pour son bien, parce que s'il avait été un vrai SDF, il aurait pu trouver sa vraie place comme membre de la tribu du corbeau. Mais bien sûr, cette tribu n'est pas pour tout le monde.

    Lorsque j'ai décrit pour la première fois la nouvelle révolution tribale dans My Ishmael, j'étais comme un astronome décrivant une planète dont l'existence est déduite mais qui n'a encore jamais été vue. Si on me l'avait demandé, j'aurais été bien incapable de fournir un seul exemple de ce dont je parlais. Ce n'est qu'après une année de tâtonnements vagues que j'ai eu l'idée que le cirque (que j'utilisais comme une sorte de modèle dans Providence: The Story of a Fifty-Year Vision Quest) était en fait organisé de manière authentiquement tribale. (Et j'ai ensuite ajouté cet exemple dans les éditions suivantes de My Ishmael.)


    Vraiment ? pas un seul exemple ?


    Après encore plusieurs mois de tâtonnements, je réalisais que j'étais préoccupé par le modèle tribal ethnique, fait pour rendre un groupe de soixante ou septante individus complètement auto-suffisants. Je considérais la taille et la structure tout en oubliant les avantages.

  • 137 - La nouvelle révolution tribale

    SIXIEME PARTIE


    Vous ne changez jamais les choses en combattant une réalité existante.
    Pour changer quelque chose, construisez un nouveau modèle qui rend le modèle existant obsolète.
    Buckminster Fuller

    Les tracés de nos ancêtres ont été effacées par le Grand Oubli. Nous n'avons pas à reproduire leurs traces de pas exactes mais plutôt à faire notre propre tracé.
    Carl Cole, 19 ans

  • 136 – L'objection la plus éloquente de toutes

    Accepter les SDF, c'est-à-dire permettre aux pauvres de gagner leur vie dans les rues, ouvrirait les portes de la prison de notre culture. Les affranchis et les mécontents s'y déverseraient. Ce serait le premier grand mouvement de gens vers ce no man's land social et économique que j'appelle « au-delà de la civilisation ».

    La tribu du corbeau, libérée de l'oppression, grossirait, peut-être exponentiellement.

    Nous ne voulons pas que ça se produise n'est-ce pas ? Dieu du ciel, non.

    Ce serait chaotique, ça pourrait même être passionnant.

    Carlos, un fugueur habitant sous une grille branlantes du parc Riverside de Manhattan disait à Jennifer Toth: « Je changerais le monde pour qu'il y ait un endroit pour nous. Une bon endroit où nous aurions une vraie liberté et où nous n'aurions pas besoin de vivre dans un trou. »
    Il y a là des idées dangereuses....un endroit pour les SDF....un bon endroit....vraie liberté...pas dans un trou....

    Mettez plus de gardiens sur les murs. Renforcez les portes.

    Fin de la 5ème partie - version complète

  • 135 – Objections

    L'idée d'accepter les SDF lèvera des objections de part et d'autre. Les libéraux vont le percevoir comme une «renonciation » du problème des SDF, mais ce serait comme dire qu'accepter la dégradation des routes signifierait de renoncer aux routes. Accepter les SDF signifie écouter les pauvres, qui pensent pouvoir être capables de prendre soin d'eux, avec l'aide qu'ils veulent plutôt qu'avec l'aide que les bien-logés pensent qu'ils « devraient » avoir.

    A l'autre extrémité du spectre politique, les conservateurs vont percevoir l'acceptation des SDF comme dorloter des parasites qui devraient être disciplinés et punis jusqu'à ce qu'ils trouvent un job. Ils pourraient considérer que ce serait comme donner du matériel à un pauvre pêcheur plutôt que de lui donner du poisson à manger.

    Les objections officielles seront les plus fortes, parce que leur intérêt dans les SDF va au-delà des purs principes. Beaucoup de gens gagnent leur vie en « combattant » les SDF et ils le verraient la disparition du problème comme une menace de leur gagne-pain (bien qu'ils ne sont pas stupide au point de le présenter ainsi).

    Dans le Los Angeles de 1998, voler un caddy à commission vous valait une amende de mille dollars et une centaine de jours derrière les barreaux. Lorsqu'un donneur anonyme s'est arrangé pour distribuer une centaine de caddy « légaux » aux SDF, les officiels ont tiré la gueule et dénoncé comme « bien intentionné mais fourvoyé ».

  • 134 – Je ne suis pas COMPLETEMENT seul !

    Vers la fin de son étude marquante sur les SDF, Checkerboard Square: Culture and Resistance in a Homeless Community, David Wagner écrit:

    Que se passerait-il si on offrait aux SDF la possibilité d'une mobilité et de ressources collectives plutôt qu'un pointage, une surveillance et un traitement individuel ? Que se passerait-il si les réseaux sociaux denses et les sous-cultures cohésive qui constituent la communauté des sans abris étaient utilisés par leurs défenseurs, les travailleurs sociaux et les autres ? Que se passerait-il si des logements pouvaient être fournis près des emplacements où les groupes de rue convergent, des abris décents qui ne forcent personne à quitter le groupe et qui peuvent être partagés avec les amis ? Que se passerait-il si les bénéfices sociaux (les revenus, les ressources de nourriture, les abris et autres biens) étaient distribués collectivement plutôt qu’individuellement. Du coup personne ne devrait avoir à attendre des heures, dévoiler sa vie privée, se faire certifier continuellement dans les bureaux de l'assistance, mais obtiendrait une subvention collective en tant que membre de la cohorte des sans abris (ou tout autre groupe de pauvres).

    Toutes ces suggestions (que même Wagner considère comme radicales) représentent l'acceptation des réalités des SDF. Elles sont faites pour aider les SDF à mener une vie décente, tout en étant SDF, et à vivre de la façon qu'ils veulent vivre (contrairement à la façon dont les services sociaux du gouvernement pensent qu'ils devraient vivre).

  • 133 – Qu'est-ce qu'il en sortira ?

    Si nous laissions les sans abris trouver seuls des endroits où se réfugier et si nous les aidions à rendre habitables ces endroits (plutôt que de les en chasser), si nous leur faisions parvenir les quantités énormes de nourriture que nous jetons chaque jour (plutôt que de les forcer à aller faire des courbettes aux refuges), si nous les aidions activement à s'aider eux-mêmes à leur manière (plutôt qu'à la nôtre), alors ne pensez-vous pas que les sans abris cesseraient d'exister en tant que « problème ». Cela deviendrait une tâche habituelle de la gestion des cités, comme la maintenance des routes. Les routes de nos villes ne seront jamais « réparées », elle se détérioreront tout le temps, et nous allons devoir les réparer tout le temps. Nous ne considérons pas la maintenance des rues comme un « problème », parce que c'est quelque chose que nous avons accepté.

    Si nous pouvions accepter les sans abris, alors nous et les sans abris pourrions (pour changer) travailler ensembles plutôt qu'être à couteaux tirés. Cela deviendrait un souci et une tache habituels que de fournir un abri, nourrir et protéger les gens.

    Si nous acceptons les sans abris, cela ne signifie pas que les mendiants, les clochardes et ivrognes des rues vont disparaître, pas plus que si nous maintenons les routes ne signifie que les nids de poule, les voies fermées et les embouteillages vont disparaître. Accepter les sans abris (comme accepter les tremblements de terre)  signifie gérer la réalité, cela ne signifie pas la supprimer.

  • Lectures d'Ishmael en vidéo

    Grace à l'auteur de cette vidéo j'ai découvert que lui et plusieurs personne se sont filmées en train de lire des parties d'Ishmael.

    Il y a actuellement environ 55 vidéos qui couvrent presque tout le livre.

    D'après les commentaires, beaucoup découvrent et s'intéressent au livre grace à ces films.

    Une initiative vraiment très intéressante.

    Pour réaliser une pareille chose en français il faudrait déjà qu'un maximum de gens aient lu le livre, ce qui est actuellement problématique car il est devenu quasiment introuvable.

    J'ai écrit à l'éditeur, qui n'en possède plus et n'a pas de projet pour le rééditer.

    A se poser des questions...

    Je vais scanner le livre et le balancer sur la toile, toute aide est bienvenue.

  • 132 – « J'aime mon style de vie actuel »

    C'est que qu'à dit un habitant des tunnels à la journaliste Jennifer Toth. Il continue ainsi: « Je suis indépendant et fais ce que je veux. Ce n'est pas que je sois paresseux ou que je ne veuille pas travailler. Je me ballade toute la journée à travers la cité pour ramasser des boîtes (de conserve). C'est la vie que je veux. » Un autre habitant des tunnels racontait qu'il était poursuivi par un frère qui voulait l'aider à retourner à la vie normale. « Il m'a offert 10000 dollars. Il n'a rien compris. C'est là que je veux être. Peut-être pas pour toujours mais en tout cas maintenant. »

    Un des sujets de David Wagner, qui fuyait les coups constants de la maison trouvait que la vie dans les rues « était cool. Je dormais où je voulais. Je trainais avec des gens. Je buvais. J'étais libre comme un oiseau. » D'après un autre qui avait fui des abus familiaux à douze ans « J'allais très bien. Je voyageais, allais sur la côte, au sud. C'était super. Je ne retournais jamais sur mes pas, quoi qu'il arrive. »

    Même lorsque la rue est l'alternative la moins mauvaise, les gens ont souvent la sensation d'y trouver plus de support que ce qu'ils avaient à la maison. Un fugueur décrivant ses amis de la rue à Katherine Coleman Lundy disait. « S'ils avaient besoin de nourriture, de quelques dollars, alors je leur donnais quelques dollars. Chaque fois que j'avais besoin de quelque chose, si j'en avais besoin et qu'ils l'avaient, alors il me le donnaient. ». Un fugueur disait à Jennifer Toth: « Nous recevions une aide réelle des autres, pas juste une heure d'un travailleur social, mais de personnes qui se souciaient vraiment de nous et nous comprenaient. »