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  • 121 – Des pionniers réticents

    Selon des estimations optimistes, il y aurait à ce moment au moins un demi million des personnes aux Etats Unis qui ont été jetés au-delà de la civilisation dans des limbes socio-économiques et qui sont de nos jours identifiés comme sans-abris. Etre sans-abri est actuellement un euphémisme pour désigner la pauvreté, cela attire l'attention sur cette forme que la pauvreté prend dans les cités hyper-modernes et qui peut être définie comme des villes où l'espace est si cher qu'il ne peut être mis de côté pour les pauvres. Avec la disparition totale des logements à bas prix, il n'y a tout simplement pas de place « à l'intérieur » pour les pauvres dans ces cités.

    Il y a plusieurs sources distinctes dans cet afflux de sans-abris. L'une consiste en malades mentaux, jetés dans les rues lors de la frénésie de dés-institutionnalisation des années 70. Une autre consiste en travailleurs peu ou pas qualifiés dont les jobs ont été exportés dans des pays où le travail est moins cher ou a été rendu superflu par les réductions d'effectif ou l'automatisation. Une autre consiste en ces personnes qui, durant les années 60 auraient été nommés les défavorisés, c'est-à-dire les femmes et enfants abandonnés, victimes de préjugés raciaux ou ethniques, personnes sans éducation ou sans formation, chômeurs chroniques. Tous ceux-là sont perçus comme des victimes, des pauvres qui ne le méritent pas. D'autres dans l'afflux des sans-abris sont des fugitifs, des drogués, clodos, ivrognes, sans domiciles fixes et vagabonds qui, parce que apparemment ils choisissent d'être sans-abris, sont considérés comme des pauvres qui le méritent.

  • 119 - La tribu du corbeau

    CINQUIEME PARTIE


    La tribu du corbeau


    Ouais,
    bon,
    l'impuissance isole,
    également.


    Yeah,
    Well,
    It's pretty lonely
    at the bottom,
    too.

    Joseph Chassler

  • 117 - Mais où se trouve exactement « au-delà » ?

    Dans le scénario paradigmatique utopique, vous réunissez vos amis, vous équipez avec des outils pour l'agriculture et trouver un petit paradis sauvage où vous pouvez vous échapper et tout abandonner. L'intérêt apparent de ce vieux fantasme est qu'il ne demande aucune imagination (étant banal), peut être mis en oeuvre par presque n'importe qui avec les fonds nécessaires, et fonctionne parfois plus longtemps que quelques mois. Mais il serait absolument inepte de le proposer comme solution générale pour six milliards de personnes.

    La civilisation n'est pas un territoire géographique, c'est un territoire social et économique où les pharaons règnent et les masses construisent des pyramides. De la même façon, au-delà de la civilisation n'est pas un territoire géographique, c'est un territoire social et économique où les gens dans des tribus ouvertes poursuivent des objectifs qui peuvent être ou ne pas être « civilisés ».

    Vous n'avez pas besoin « d'aller quelque part » pour vous trouver au-delà de la civilisation. Vous devez gagner votre vie d'une autre façon.

  • 116 – 200 années au-delà de la civilisation

    Graduellement, l'équilibre de puissance économique passe de la « civilisation » (dès lors toujours mise entre guillemets) à la « au-delà de la civilisation » qui l'entoure. De plus en plus de gens réalisent qu'il peuvent échanger des choses qu'ils ne veulent pas profondément (pouvoir, statut social et supposés commodités, conforts et luxes) pour des choses qu'ils veulent vraiment profondément (sécurité, travail sensé, plus de loisirs, égalité sociale: tous les produits de la vie tribale). L' «économie », qui n'est plus liée à un marché continuellement croissant, devient une affaire de plus en plus locale tandis que les entreprises globales et nationales perdent graduellement leur raison d'être.

    Après deux cent ans, la chose que nous nommons civilisation a été abandonnée et semble aussi obsolète et désuète que la théocratie d'Olivier Cromwell. Les villes sont toujours là (où iraient-elles ?) ainsi que les arts, sciences et technologies, mais ils ne sont plus les instruments et personnifications de la culture du mal maximum.

    Je ne me permets pas ces spéculations pour prétendre à des pouvoir prophétiques. Je les jette dans l'eau pour vous montrer quelle partie de l'étang je vise et vous laisser suivre les vaguelette vers les rives du présent.

  • 115 – 100 années au-delà de la civilisation

    Des gens vivront toujours par ici dans une centaine d'années, si nous commençons  à vivre différemment, sans attendre.
    Sinon il n'y en aura pas.

    Mais comment pouvons-nous y parvenir et à quoi est-ce que cela ressemblera ? Les utopistes ne peuvent abandonner l'idée de l'avènement d'humains plus doux, plus gentils et plus aimants. Je préfère considérer ce qui a fonctionné durant des millions d'années pour des gens tels qu'ils sont. La sainteté n'était pas obligatoire.

    En se projetant dans le futur: alors que les gens commençaient à faire le mur dans les premières décennies du nouveau millénaire, nos gardiens sociaux sont d'abord alarmés, voyant que ça pourrait amener la fin de la civilisation-telle-que-nous-la-connaissons. Ils essayent de hausser les murs avec des barbelés sociaux et économique pour réaliser bien vite la futilité de leur tentative. Les gens vont continuer à pousser des pierres s'ils sont convaincus qu'il n'y a rien d'autre à faire, mais dès qu'une autre voie s'ouvre, rien ne peut les empêcher de déserter. Au début, les déserteur dérivent leur subsistance des bâtisseurs de pyramides, comme le font actuellement les gens du cirque. Mais après un certain temps, ils commencent à devenir moins dépendants des bâtisseurs de pyramides. Ils interagissent de plus en plus entre eux, construisant leur propre économie inter-tribale.

    Après une centaine d'années, la civilisation est toujours debout mais réduite de moitié. La moitié de la population mondiale fait toujours partie de la culture du mal maximum, mais l'autre moitié, vivant de manière tribale, jouit d'un style de vie plus modeste, orientée sur l'obtention de plus de chose que les gens désirent (plutôt que sur l'obtention de simplement plus).

  • 114 – Mettre un terme à la course à la nourriture

    La course aux armements ne pouvait se terminer que de deux manières: soit par une catastrophe nucléaire, soit par un abandon des participants, et heureusement c'est le second choix qui a été fait. Les soviétiques ont dit pouce et il n'y a pas eu de catastrophe.

    Il en va de même de la course entre la nourriture et la population. Cela peut se terminer par une catastrophe, lorsqu'une trop grande quantité de la biomasse de notre planète est sous forme humaine et que les écosystèmes écologiques fondamentaux s'effondrent, mais cela ne doit pas nécessairement se terminer ainsi. Cela peut se terminer de la même manière que la course aux armements, par simple  abandon des gens. Nous pouvons dire que nous comprenons maintenant qu'il n'y a pas de triomphe final de la nourriture sur la population. Et cela parce que chaque victoire du côté de la nourriture est répliqué par une victoire du côté de la population. Cela devait se passer ainsi, cela s'est toujours passé ainsi, et nous pouvons voir que ça ne cessera jamais de se passer ainsi.

    Mais cela ne va pas se produire à cause de ces quelques mots, ou même les milliers que j'ai consacrés à ce sujet dans mes livres et mes discours. Ce sujet s'en prend à notre mythologie culturelle au niveau le plus profond, à un niveau bien plus profond que ce que j'imaginais lorsque j'ai pensé pouvoir l'aborder en quelques pages dans Ishmael. C'est le mortel Minotaure mangeur d'hommes au centre de notre labyrinthe culturel...bien au-delà du sujet de notre expédition actuelle.

  • 113 – Est-ce que « moins nuisible » est suffisant ?

    Bien que ce soit un bon et nécessaire départ, être moins nuisible n'est pas suffisant. Nous sommes en plein dans une course à la nourriture qui est plus mortelle pour nous et le monde autour de nous que ne l'était la course aux armements de la Guerre Froide. C'est une course entre la production de nourriture et la croissance de la population. Les adeptes actuels de l'économiste anglais Thomas Malthus (1766-1834), comme ceux de l'époque, voient le fait de produire assez de nourriture pour nourrir notre population comme une « victoire », de la même façon que les militaires américains de la Guerre Froide voyaient le fait d'avoir produit assez d'armes pour détruire l'Union Soviétique comme une « victoire ». Ils n'ont pas su voir que, comme chaque « victoire » américaine stimulait une « victoire » soviétique en réponse, chaque victoire dans la production de nourriture stimule une « contre-victoire » dans la croissance de la population.

    Actuellement, notre course à la nourriture est en train de convertir rapidement la biomasse de notre planète en biomasse humaine. C'est ce qui se produit quand on défriche une terre sauvage et la cultivons pour les humains. Cette terre supportait une biomasse comprenant des centaines de milliers d'espèces et des dizaines de millions d'individus. Puis toute la productivité de cette terre est transformée en masse humaine, littéralement en chair humaine. Chaque jour, partout sur terre, la diversité disparaît au fur et à mesure que la biomasse de notre planète est transformée en masse humaine. Voilà ce qu'est la course à la nourriture. C'est exactement ce que la course à la nourriture signifie: transformer chaque année encore plus de la biomasse de notre planète en masse humaine.

  • 112 – Un objectif intermédiaire: moins nuisibles

    Au cas où ce ne serait pas évident, je suis toujours en train de répondre à l'étudiant qui demandait: « Comment le fait de s'éloigner de la civilisation nous aiderait à vivre de façon aussi inoffensive que les requins, les tarentules ou les serpents à sonnette ? ». Chaque pas au-delà de la civilisation représente un pas au-delà de la culture du mal maximum et ainsi réduit votre nuisance. Sauter les murs de la prison ne vous rendra pas immédiatement aussi inoffensif qu'un requin, une tarentule ou un serpent à sonnette, mais cela vous mettra immédiatement dans la bonne direction.

    On peut voir les choses ainsi: aucun pas au-delà de la civilisation ne produira plus de mal. Si vous voulez faire le mal, il vous suffit de vous accrocher à la civilisation. Ce n'est que dans ce cadre que vous pouvez bruler jusqu'à quarante mille litres de kérosène pour prendre le repas dans votre restaurant parisien favori. Ce n'est que dans ce cadre que vous pouvez nonchalamment dynamiter un récif de corail juste parce qu'il vous gène.

    Aller au-delà de la civilisation limite automatiquement votre accès aux outils qui sont nécessaires pour faire le mal. Les gens du Cirque Flora ne vont jamais construire un chasseur furtif ou ouvrir un haut fourneau, pas parce qu'ils ne le voudraient pas, mais parce que même s'ils le voulaient, ils n'auraient pas accès aux outils. Pour avoir accès aux outils, ils devraient quitter le cirque et se trouver une nouvelle place dans la culture du mal maximum.