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  • 97 – Il n'y a pas de bonne façon

    Les gens s'imaginent que ce serait merveilleux si nos six milliards d'humains se mettaient demain à vivre d'une autre manière. C'est l'un des plus profond et plus erroné de nos mèmes, à savoir qu'il doit absolument y avoir une bonne façon de vivre pour tous.

    J'admire les Gebusi de Nouvelle Guinée, mais (croyez-moi) il ne faudrait pas que tout le monde sur terre vive ainsi. J'admire les gitans, mais il ne faudrait pas que tout le monde sur terre vive ainsi, et, étrangement, s'ils le faisaient, leur mode de vie échouerait. J'admire les Jalali, colporteurs et artistes nomades d'Afghanistan, mais il ne faudrait pas que tout le monde sur terre vive ainsi. J'admire les Tuposa du Soudan, les Rendille du Kenya et les Kariera d'Australie occidentale, mais il ne faudrait pas que tout le monde sur terre vive ainsi. Ce n'est pas une réflexion sociologique, c'est une réflexion écologique. Les aras vivent bien, mais leur habitat s'effondrerait si tous les oiseaux vivaient comme les aras. Les girafes vivent bien, mais leur habitat s'effondrerait si tous les mammifères vivaient comme les girafes. Les castors vivent bien, mais leur habitat s'effondrerait si tous les rongeurs vivaient comme des castors.

    C'est la diversité, et non l'uniformité, qui fonctionne. Notre problème n'est pas que les gens vivent d'une mauvaise manière, mais plutôt qu'ils vivent tous de la même manière. La terre peut supporter beaucoup de gens vivant voracement en gaspillant et en polluant, mais elle ne peut pas le supporter lorsque nous vivons tous ainsi.

  • 96 – Révolution sans renversement

    L'objet d'une révolution est de rendre effectifs des changements globaux à tous les niveaux d'un seul coup décisif. Idéalement, les dirigeants précédents doivent disparaître du jour au lendemain, en masse, avec tous leurs supporters et sous-fifres, il faut également une nouvelle caste de successeurs prêts à prendre leur place au lever du jour pour proclamer le nouveau régime. Des scénarios de ce genre sont sans intérêts pour ceux qui voudraient aller au-delà de la civilisation.

    Tout d'abord, il n'y a pas la nécessité d'un changement global. Ceux qui insistent pour n'avoir rien de moins qu'un changement global devront attendre longtemps, probablement à jamais. Il n'est pas nécessaire que tout le monde sur terre se couche le soir en vivant d'une certaine manière et lever le lendemain matin en vivant d'une autre manière. Cela ne se produira pas et il ne sert à rien d'essayer de le provoquer.

    De la même manière, il n'est pas nécessaire de changer partout, pour que soudain tout se fasse différemment. Ce n'est pas nécessaire et rien sur terre ne le provoquera. Gardez toujours à l'esprit qu'il n'y a pas une seule bonne manière de vivre. Il n'y en a jamais eue et il n'y en aura jamais.

    Pour finir, nous ne voulons pas que la classe dirigeante disparaisse du jour au lendemain. Nous ne sommes pas prêts à voir disparaître toutes les infrastructures de la civilisation (et ne le serons probablement jamais). En tout cas pour l'instant, nous voulons que nos chefs et dirigeants continuent à superviser les corvées de la civilisation pour nous, qu'ils continuent de boucher les trous, de faire fonctionner les égouts et les unités de traitement des eaux fonctionnelles, ainsi que le reste.

  • 95 - Révolution sans soulèvement

    Parce que dans notre culture, la révolution a toujours été représentée par une attaque contre la hiérarchie, elle a toujours signifié un soulèvement, littéralement un levage par dessous. Mais le soulèvement n'a aucun rôle à jouer dans notre mouvement au-delà de la civilisation. Si l'avion a un problème, vous ne tuez pas le pilote, vous prenez un parachute et sautez. Il est sans intérêt de renverser la hiérarchie, nous voulons simplement la laisser derrière nous.

    Comme chacun le sait (particulièrement les révolutionnaires), la hiérarchie maintient des défenses formidables contre les attaques en provenance des classes inférieures. Elle n'a par contre rien contre l'abandon. Cela vient d'une part du fait qu'elle peut imaginer la révolution, mais elle ne peut imaginer l'abandon. Mais même si elle pouvait imaginer l'abandon, elle ne pourrait pas s'en défendre, parce que l'abandon n'est pas une attaque, c'est juste une interruption de collaboration.

    Il est pratiquement impossible d'empêcher les gens de ne rien faire (ce qui correspond a une interruption de collaboration).

    Mais est-ce que les puissants ne vont pas essayer d'empêcher les gens de ne rien faire ? Je peux imaginer qu'ils essayent mais j'ai franchement de la peine à imaginer qu'ils réussissent.

  • 93 - Vers le nouveau tribalisme

    QUATRIEME PARTIE


    Vers le nouveau tribalisme

    Nous avons tendance à considérer les chasseurs-cueilleurs comme étant pauvres parce qu'ils n'ont rien; peut-être qu'il vaudrait mieux les considérer, pour cette raison, comme libres.

    Marshall Sahlins

  • 91 – A la recherche d'une alternative

    La consultation d'un dictionnaire nous révélera que le mot civilisation signifie quelque chose de socialement « avancé ». Il n'y a bien sûr qu'une chose par rapport à laquelle elle pourrait être plus avancée, c'est le tribalisme.  (La barbarie ne représente pas un type spécifique d'organisation sociale, les barbares sont soit des peuples tribaux soit des peuples dans un état de civilisation qu'on perçoit comme plus primitif que le notre.)

    Dans notre mythologie culturelle nous nous voyons ayant laissé derrière nous le tribalisme comme la médecine moderne a laissé derrière elle les sangsues et les saignées, et nous l'avons fait de manière décisive et irrévocable. C'est pour cette raison qu'il nous est difficile d'accepter que le tribalisme est, en plus d'être l'organisation sociale humaine prééminente, la seule organisation sociale au succès sans équivoque de l'histoire humaine. Donc, lorsqu'un homme d'état aussi sage et réfléchi que Mikhail Gorbachev demande « un nouveau départ » et une « nouvelle civilisation », il ne doute pas un seul instant que son modèle est lié à l'organisation sociale qui a amené à l'humanité oppression, injustice, pauvreté, famine chronique, violence incessante, génocide, guerre mondiale, crime, corruption et destruction environnementale à grande échelle. Se consulter, à notre époque de crise profonde, sur le succès vécu par l'humanité pendant plus de trois millions d'années est tout simplement totalement impensable.

    C'est en fait l'objectif de ce livre: penser à ce qui est totalement impensable.

  • 90 – J'adore la civilisation

    Les gens qui n'aiment pas ce que je suis en train de dire essayent souvent de se rassurer en pensant que je suis juste quelqu'un qui haït la civilisation et voudrait plutôt vivre « proche de la nature ». Ceci fera sourire toute personne me connaissant, car je suis un adorateur de la civilisation et je vis heureux au coeur de la quatrième plus grande ville des USA, à distance de marche raisonnable des pharmacies, supermarchés, boutiques de location de vidéos, galeries d'art, restaurants, librairies, musées, piscines, universités et boutiques de tatouages. (Et je vis « près de la nature » chaque seconde de chaque jour, 365 jours par an, puisque la « nature » est quelque chose dont on ne peut éviter la proximité, où qu'on habite.)

    Ou bien ils me défient en me demandant comment je vivrais sans air conditionné, chauffage central, eau courante, frigos, téléphones, ordinateurs, etc. Ils pensent que je suis un apôtre de la pauvreté, même s'ils sont incapables de mettre en évidence un seul mot dans mes écrits qui corroborerait cette notion.

    Je ne suis pas un luddite, ni Unabomber. Je ne considère pas la civilisation comme une malédiction mais comme un bénédiction que les gens (dont moi) devraient être libres de quitter, pour quelque chose de mieux. Et c'est quelque chose de mieux que je recherche, rien de moins. Et ceux qui recherchent quelque chose de moins bien devraient vraiment consulter un autre livre.

  • 89 – Standards de vie: Madrid-Houston

    Un autre élément de la maison de Madrid qui nous convenait était qu'il y avait une grande pièce (que la plupart des gens utiliseraient comme séjour) qui nous servait de double bureau où nous étions assez éloignés pour ne pas avoir l'impression de travailler sur le même bureau mais suffisamment proches pour pouvoir communiquer facilement.
    Aujourd'hui, quelques douze années plus tard, nous vivons le long d'une route importante, à distance de marche raisonnable des ressources urbaines d'une ville importante. Une des choses qui nous convient avec cette résidence est qu'elle a une grande pièce (que la plupart des gens utiliseraient comme séjour) qui nous sert de double bureau où nous sommes assez éloignés pour ne pas avoir l'impression de travailler sur le même bureau mais suffisamment proches pour pouvoir communiquer facilement.
    Inutile de dire qu'il y a des choses dont nous disposons à Houston qui n'étaient pas disponibles à Madrid, et ce sont des choses dont nous avons besoin dans les circonstances actuelles, qui sont très différentes. Pour parler simple, en aménageant à Houston nous avons augmenté notre standard de vie par un facteur dix par rapport aux années à Madrid. Ce qui n'a pas augmenté, c'est notre sentiment général de satisfaction et de bien-être. Si nous sommes plus heureux aujourd'hui (et nous le sommes), ça n'a rien à voir avec notre standard de vie plus élevé.

    Dépenser plus vous fera certainement obtenir plus de choses, mais vous n'allez pas nécessairement obtenir plus de ce que vous voulez.

  • 88 – Standards de vie: Chicago-Madrid

    Lorsque Rennie et moi avons déménagé de Chicago pour Madrid, nous nous rendions-compte vaguement que nous étions en train de baisser notre standard de vie, mais nous ne le faisions pas pour nous rendre moins nuisibles ou pour réduire notre impact sur la planète. Nous le faisions pour réduire nos dépenses pendant que je travaillais sur le livre qui devint finalement Ishmael.

    Pour vous donner une idée de la différence, dans la région de Sant Fe à cette époque vous ne pouviez pas vous acheter un garage pour une voiture à moins de 80'000$. Dans la région de Madrid, au contraire, nous avons pu acheter un joli petit bâtiment au bord de la route principale qui servait à la fois d'habitation et de magasin général, avec son stock, pour 30'000$. Même à ce prix, je ne suis pas sûr que nous l'aurions acheté s'il n'avait été si bien situé. L'élément principal de cette situation était qu'il était au bord de la route principale de la ville et à distance raisonnable de marche des autres ressources urbaines (aussi modestes qu'elles étaient). C'était ainsi identique à notre résidence précédente à Chicago où nous vivions sur Lake Shore Drive, à distance de marche raisonnable de toutes les ressources de la zone Belmont Harbor/New Town. En quittant Chicago et en allant à Madrid, nous avons pu obtenir plus de ce que nous avions besoin à ce moment en baissant notre standard de vie.

  • 87 – Standards de vie

    L'anthropologue Marshall Sahlins a écrit que « les peuples les plus primitifs du monde ont peu de possessions, mais ils ne sont pas pauvres. La pauvreté n'est pas un petit nombre de biens, ni n'est une relation entre moyens et fins, c'est une relation entre les gens. La pauvreté est un status social. En tant que tel, c'est une invention de la civilisation. »
    Ma femme Rennie et moi avons appris cette grande vérité nous-mêmes durant les années 80, pendant les sept années que nous avons passées à Madrid, un village de montagne au centre du Nouveau Mexique. Je travaillais sur le livre qui allait devenir Ishmael tout en vivotant sur un petit héritage. A cette époque nous étions pauvres selon les standards ordinaires mais ordinaires selon les standards de Madrid. A cette époque, tout le monde à Madrid était pauvre, et donc personne ne l'était. Le revenu familial moyen y était d'environ trois mille dollars, largement en-dessous du niveau de pauvreté national, mais il n'y avait pas de pauvres à Madrid. Personne n'était fier d'être pauvre ou de vivre simplement. Tous étaient fiers de leur indépendance, de leur ingéniosité, de leur acquisition de talents nécessaires, et particulièrement étaient fiers de faire ce qu'ils voulaient.
    Les visiteurs à Madrid (comme les visiteurs de l'arrière-scène du cirque) avaient probablement l'impression qu'il s'agissait d'une sorte de région déprimée. En fait, je n'ai jamais vécu dans une région qui était moins déprimée.