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  • 66 – Les gens du cirque sont tribaux

    Les gens vivant de manière tribale transmettent à la génération suivante non pas une fortune toute faite mais plutôt une façon fiable d’assurer sa vie. Pour cette raison la famille des brasseurs Busch est un clan et non une tribu. Ce que la génération actuelle des Busch a reçu de la précédente n’est pas une façon d’assurer sa vie mais une fortune toute faite qui sera passée à la génération suivante.

    Par contraste, les artistes de cirque mondialement connus que sont les Grands Wallendas n’ont pas un milliard à transmettre à la prochaine génération. Ce qu’ils ont à transmettre, c’est une façon d’assurer sa vie. Leur vie n’est pas de facto assurée (comme elle l’était pour August Busch III qui n’aurait pas eu besoin de travailler un seul jour de sa vie s’il l’avait désiré). De la même manière que chaque génération successive de chasseurs-cueilleurs reçoit de la précédente les connaissances et techniques de la chasse et de la cueillette (mais doit tout de même chasser et cueillir elle-même pour rester en vie), chaque génération de Wallendas reçoit de la précédente des connaissances et des pratiques de cirque (mais doit tout de même présenter son spectacle elle-même pour rester en vie).

    Dans une tribu ethnique, il n’est pas rare de voir trois ou même quatre générations qui travaillent côte-à-côte. On peut voir la même chose dans les cirques tribaux comme les Wallendas où personne ne s’étonne lorsque Aurelia Wallendas, douze ans, fait un numéro de voltige avec son oncle Alexandre Sacha Pavlata, quarante-sept ans, artiste de sixième génération.

  • 65 – « Le cirque » existe-t-il vraiment ?

    S’il existe des choses comme « le théâtre », « l’opéra » et « le cinéma », alors pourquoi n’y aurait-il pas « le cirque » ? Mais est-il vraiment tribal ?

    C’est parce que le cirque est tribal que nous remarquons le moment où un cirque particulier cesse d’être tribal. L’histoire du Ringling Bros. and Barnum & Bailey Circus est sans aucun doute une histoire de tribus du cirque, mais actuellement ce cirque n’est qu’une grosse affaire commerciale, aussi hiérarchisé que General Motors ou United Airlines. Personne ne confond un spectacle comme Ice Capades* avec une affaire tribale, ça a commencé comme une grosse affaire commerciale et il n’en n’a jamais été autrement.

    Beaucoup de petites affaires commencent de manière tribale, avec quelques partenaires y investissant toutes leurs ressources et ne prenant que ce dont ils ont besoin pour survivre, mais ce caractère tribal disparaît vite si la compagnie devient une hiérarchie conventionnelle. Et même si elle se développe de manière tribale, avec des nouveaux membres qui étendent ses ressources pour s’y intégrer, elle risque de perdre son caractère tribal si elle devient trop grande. A partir d’une certaine taille, elle doit soit cesser de grandir, soit commencer à s’organiser en une tribu de tribus, ce qui est probablement la meilleures façon de comprendre les types de cirques que vous risquez de voir dans n’importe quelle grande ville aujourd’hui.

    Une tribu est une coalition de gens travaillant ensembles et égaux pour assurer leur vie. Une tribu de tribus est une coalition de tribus qui travaillent ensembles et égales pour s’assurer leurs vies ; chaque tribu a son chef, ainsi que la coalition dans son ensemble.

     

    * Dans le style d'Holiday on ice (NdT)

  • 64 – Ce que les gens aiment dans les sociétés tribales

    Les tribus existent pour leurs membres, et pour tous leurs membres, parce que tous sont perçus comme impliqués dans le succès de la tribu. Lorsque la tente est montée, personne dans le cirque n’est plus important que l’équipe de construction. Lorsque les mats sont dressés, personne n’est plus important que les monteurs de mats. Lorsque le spectacle commence, personne n’est plus important que les artistes, humains et animaux. Et ainsi de suite, pour toutes les phases de la vie du cirque.

    Parmi les chasseurs-cueilleurs, le succès n’avait évidemment rien à voir avec l’argent. Au cirque, bien sûr, tout le monde sait que le spectacle doit faire de l’argent pour pouvoir continuer, mais c’est le cirque, et non l’argent qui fourni le moyen d’existence. Je veux dire qu’ils ne maintiennent pas le cirque pour faire de l’argent, ils gagnent de l’argent pour pouvoir continuer à faire tourner le cirque. (Un artiste le voit un peu de la même manière : il y a une différence entre peindre pour de l’argent ou gagner de l’argent pour pouvoir continuer à peindre.)

    La tribu est ce qui leur fournit ce dont ils ont besoin, et si la tribu disparaît, ils sont dans le malheur. Tout le monde veut que le directeur du cirque gagne de l’argent, car s’il cesse de gagner de l’argent, le spectacle sera terminé. L’intérêt de chacun se trouve dans le succès de l’ensemble. Ce qui est bon pour la tribu est bon pour tout le monde, du propriétaire au tourneur de barbe-à-papa.

    Je me penche sur l’exemple du cirque pour bien marquer le fait que la vie tribale n’est pas seulement quelque chose qui a fonctionné dans l’ancien temps ou seulement pour les chasseurs-cueilleurs.

  • 63 – Si vous l’aimez tant…

    Les gens qui n’aiment pas ce que je suis en train de dire me contrent de cette manière : « Si vous aimez tant la vie tribale, alors pourquoi n’allez vous pas vous munir d’une lance et vivre dans une caverne ? »

    La vie tribale n’a rien à voir avec les lances, les cavernes ou avec la chasse et la cueillette. Chasseur-cueilleur est un style de vie, une occupation, une façon d’assurer sa vie. Une tribu n’est pas une occupation particulière; c’est une organisation sociale qui aide à assurer sa vie.

    Aux endroits où ils sont encore acceptés, les gitans vivent en tribu, mais ils ne sont manifestement pas chasseurs-cueilleurs.

    De façon similaire, les gens du cirque vivent en tribu, mais à nouveau, mais ils ne sont manifestement pas chasseurs-cueilleurs. Jusqu’à récemment il y avait plusieurs formes de spectacles ambulants qui avaient une organisation tribale : groupes théâtrales, carnavals, etc.

  • 62 – Vous vous attendiez à quoi ?

    Après trois ou quatre millions d’années d’évolution humaine, vous vous attendiez à quoi d’autre qu’une organisation sociale qui fonctionne ? Comment sinon Homo habilis aurait-il survécu sans une organisation sociale fonctionnelle ? Comment sinon Homo erectus aurait-il survécu sans une organisation sociale fonctionnelle ? Et si la sélection naturelle a doté Homo habilis et Homo erectus d’organisation sociales fonctionnelles, pourquoi aurait-elle manqué d’en doter Homo sapiens ? Les humains peuvent avoir essayé plusieurs autres types d’organisation sociale durant ces trois quatre millions d’années, mais alors aucun d’eux n’a survécu. En fait, nous savons que les humains ont essayé d’autres organisations sociales.

    Les mayas en ont essayé une, et trouvé après trois mille ans que cela n’avait pas fonctionné (en tout cas pas aussi bien que le tribalisme). Ils sont retournés à la vie tribale.

    Les olmèques en ont essayé une, et trouvé après trois cent ans que cela n’avait pas fonctionné (en tout cas pas aussi bien que le tribalisme). Ils sont retournés à la vie tribale.

    Le peuple de Téotihuacán en a essayé une, et trouvé après cinq cent ans que cela n’avait pas fonctionné (en tout cas pas aussi bien que le tribalisme). Ils sont retournés à la vie tribale.

    Les hohokam en ont essayé une, et trouvé après trois cent ans que cela n’avait pas fonctionné (en tout cas pas aussi bien que le tribalisme). Ils sont retournés à la vie tribale.

    Les anasazi en ont essayé une, et trouvé après trois cent ans que cela n’avait pas fonctionné (en tout cas pas aussi bien que le tribalisme). Ils sont retournés à la vie tribale.

    Aucune de leurs expérimentations n’a survécu, mais le tribalisme oui. Et c’est ça la sélection naturelle.

  • 61 – Le tribalisme ça fonctionne

    Comme je l’ai dit, si vous faites remarquer que la vie en essaim fonctionne bien pour les abeilles, que la vie en troupe fonctionne bien pour les babouins, ou que la vie en meute fonctionne bien pour les loups, vous ne serez pas contredit, mais si vous faites remarquer que la vie en tribu fonctionne bien pour les humains, ne soyez pas surpris si vous êtes attaqué avec une férocité presque hystérique. Vos attaquants ne vont jamais vous admonester pour ce que vous avez dit mais plutôt pour des paroles qu’ils vous ont inventées, par exemple que la vie tribale est « parfaite » ou « idyllique » ou « noble » ou simplement « merveilleuse ». Il importe peu que vous n’ayez dit ces choses, ils seront aussi indignés que si vous l’aviez fait.

    La vie tribale n’est en fait pas parfaite, idyllique,  noble ou merveilleuse, mais partout où on la trouve intacte, on constate qu’elle fonctionne bien, aussi bien que la vie des lézards, des ratons-laveurs, des oies ou des scarabées, avec le résultat que les membres de la tribu ne sont généralement pas des cas limites psychotiques enragés, rebelles, désespérés et stressés déchirés par le crime, la haine et la violence. Ce que les anthropologues constatent c’est que les peuples tribaux, loin d’être nobles, doux ou plus sages que nous, sont aussi capables que nous d’être mesquins, méchants, stupides, égoïstes, insensibles, têtus et colériques. La vie tribale ne transforme pas les gens en saints, elle permet à des gens ordinaires d’assurer leur existence ensembles avec un minimum de stress, année après année, génération après génération.

  • 60 – Certains veulent vraiment plus que nécessaire

    Avant de devenir cultivateurs à temps plein, les mayas, olmèques et tous les autres pratiquaient la chasse et la cueillette, ou une combinaison de cueillette et d’agriculture. Est-ce que le fait qu’ils sont devenus cultivateurs à temps plein n’indique pas qu’ils n’étaient pas complètement satisfaits de leur style de vie ? C’est exactement ce que ça indique.

    A un moment donné, l’idée d’assurer son existence avec l’agriculture semblait plus attrayante que la manière traditionnelle. Cela ne signifie pas nécessairement qu’ils détestaient leur vie précédente, mais cela signifie certainement qu’ils ont jugé la vie agricole plus prometteuse. Très certainement, ils ne voyaient du tout leur aventure dans la vie agricole comme une expérience mais comme un choix permanent et irrévocable.  Si c’est ainsi, cela n’invalide pas le rôle de la sélection naturelle mais plutôt cela le souligne. Tous ces peuples ont commencé par abandonner un style de vie traditionnel pour une innovation qui semblait promettre plus de ce qu’ils voulaient. Lorsque l’innovation s’avéra donner moins de ce qu’ils voulaient, ils l’ont abandonnée pour retourner à leur style de vie précédent. Cette innovation a dans chaque cas raté l’examen.

    Mais cela n’indique-t-il pas que leur style de vie traditionnel était loin d’être parfait ? Bien sûr. La sélection naturelle est un processus qui sépare ce qui fonctionne de ce qui ne fonctionne pas, et non le parfait de l’imparfait. Rien de ce que l’évolution produise n’est parfait, c’est juste sacrément difficile de l’améliorer.

  • 59 – La mystérieuse persistance

    Notre vision culturelle a été modelée par des gens qui étaient complètement satisfaits avec la notion que l’univers qu’ils voyaient était dans sa forme finale, et était parvenu à cette forme, comme qui dirait d’un seul coup. L’histoire de la création dans la Genèse n’est pas à l’origine de cette notion, tout au plus elle l’affirme : Dieu a fait son travail, vit que ça ne nécessitait pas d’amélioration, et voilà.

    Il ne nous a pas été facile de s’éloigner de cette notion, et en fait beaucoup de gens s’y accrochent inconsciemment, même lorsqu’elles parlent d’évolution. C’est pour cette raison que la disparition des civilisations du Nouveau Monde semble mystérieuse pour nos historiens. Si leur vision du monde était fondamentalement darwinienne plutôt que fondamentalement aristotélicienne, ils réaliseraient que ce qu’il faut voir dans ces disparitions, c’est simplement la sélection naturelle en action, cela dissiperait cet aura de mystère.

    Durant nos trois ou quatre millions d’années sur cette planète, il est hors de doute que des milliers d’expériences culturelles ont été menées parmi les humains. Les succès ont survécu et les échecs ont disparu, pour la simple raison qu’il n’y avait probablement plus personne qui voulait les perpétuer. Les gens vont (généralement) accepter de vivre dans la misère jusqu’à un certain point. Ce n’est pas ceux qui ont quitté qui sont extraordinaires et mystérieux, c’est nous, nous qui nous sommes d’une certaine façon persuadés que nous devons persister dans notre misère, quel que soit le coût et ne jamais l’abandonner, même en face d’une calamité.

  • 58 – Définitions et exemples

    Style de vie (ou manière de vivre) : Façon de subsister pour un groupe d’individus. La chasse et la cueillette sont des styles de vie. Cultiver sa nourriture est un style de vie. Manger des charognes ou des restes est un style de vie (par exemple chez les vautours). Fourrager ou fouiller est un style de vie (par exemple chez les gorilles).

    Organisation sociale : structure coopérative qui aide un groupe à mettre en œuvre son style de vie. Les colonies de termites sont organisées en une hiérarchie de trois castes qui sont les reproducteurs (reine et roi), ouvriers et soldats. Les chasseurs-cueilleurs humains sont organisés en tribus.

    Culture : la totalité de ce qui est passé d’une génération à l’autre d’individus par le langage et l’exemple. Les Yanonami du Brésil et les Bushmen d’Afrique ont un style de vie commun (chasse et cueillette) et une organisation sociale commune (le tribalisme) mais n’ont pas une culture commune (sauf dans un sens très général).

  • 57 – Organisations sociales et sélection naturelle

    Personne n’est surpris d’apprendre que les abeilles sont organisées d’une façon optimale pour elles ou que les loups sont organisés d’une façon optimale pour eux ou que les baleines sont organisées d’une façon optimale pour elles. La plupart des gens comprennent généralement que l’organisation sociale d’une espèce évolue de la même manière que les autres attributs de l’espèce. Les organisations dysfonctionnelles sont éliminées  de la même manière que les traits physiques dysfonctionnels sont éliminés, par le processus connu sous le nom de sélection naturelle.

    Mais il y a un préjugé étrange et infondé contre l’idée que le même processus a modelé l’organisation de l’Homo durant les trois ou quatre millions d’années de son évolution. Personne n’est surpris d’apprendre que la forme d’une griffe ou un schéma de couleur est arrivé jusqu’à cette époque parce qu’il fonctionne pour le propriétaire de cette griffe ou de cette coloration, mais la plupart sont réticents à envisager l’idée qu’une organisation sociale humaine puisse atteindre le présent pour la même raison.