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6 - La nouvelle révolution tribale

  • 174 – La prochaine grande aventure de « l’humanité » ?

    Dans The Story of B et à d’autres endroits j’ai pris beaucoup de soin pour établir le fait que nous, ceux-qui-prennent, les gens de cette culture, ne sommes pas l’humanité, et je ne vais certainement pas revenir sur cette assertion. Ce n’est pas l’humanité qui est présentement en train de convertir toute la biomasse de cette planète en biomasse humaine, ce sont les gens de notre culture, nous. Ce n’est pas l’humanité qui provoque par son expansion l’extinction de milliers d’espèces chaque année, ce sont les gens de notre culture, nous.

    Alors pourquoi est-ce que je décris la Nouvelle Révolution Tribale comme la prochaine grande aventure de « l’humanité »  au lieu de parler de « notre » prochaine grande aventure ? La réponse est simple : la civilisation n’était pas « notre » aventure. J’ai souvent insisté sur ce point dans ce livre, la civilisation était une aventure dans laquelle plusieurs peuples se sont embarqués. « Nous » n’étions pas les seuls, nous étions seulement les seuls à la pousser au point de l’auto-immolation. Et si la civilisation n’était pas seulement « notre » grande aventure, comme la prochaine grande aventure pourrait-elle être seulement « la notre » ?

    La Nouvelle Révolution Tribale n’est pas destinée à être uniquement la notre, tous ceux qui veulent peuvent la rejoindre après tout. Mais ce n’est pas obligatoire. L’ancien tribalisme avec lequel l’humanité est devenue l’humanité est aussi bon qu’autrefois. Il ne s’usera jamais et ne sera jamais obsolète. Marcher sur la lune était un grand exploit pour l’humanité, mais il ne signifie pas que tous les humains doivent le faire.

     

    FIN DU CHAPITRE

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    Prochain et dernier chapitre (15 pages): Au-delà de la civilisation

    Pendant ce temps, vous pouvez aussi lire le premier numéro de Vert & Noir

  • 173 – Changement systémique

    La Nouvelle Révolution Tribale est une voie pour nous échapper de la prison qu’est notre culture. Les murs de cette prison sont économiques. Cela veut dire que le besoin de gagner sa vie nous retient à l’intérieur parce qu’il n’y a aucun moyen de gagner sa vie* de l’autre côté. Nous ne pouvons utiliser la solution des Mayas : nous ne pouvons pas disparaitre dans un tribalisme ethnique. Par contre nous pouvons disparaitre dans une vie de tribalisme occupationnel.

    Est-ce que cela réduira notre civilisation en ruines fumantes ? Bien sûr que non. Cela la diminuera. Plus il y aura des gens qui verront que passer le mur signifie obtenir quelque chose de mieux (et non « abandonner » quelque chose), plus il y aura de gens pour abandonner la culture du préjudice maximal, et plus cette culture sera abandonnée, mieux ce sera.

    Cette voie pour nous échapper mène à la prochaine invention de l’humanité.

    Mais ainsi, est-ce que cette prochaine invention nous donnera un style de vie durable ?
    Voici comment je le vois : les humains vivant en tribus étaient écologiquement aussi stables que les lions en meutes ou les babouins en troupes. C’était le cadeau de la sélection naturelle, un succès éprouvé, pas la perfection mais difficile à améliorer. De l’autre côté, la hiérarchisation, a prouvé qu’elle était non seulement imparfaite mais au contraire catastrophique pour la terre et pour nous-mêmes. Lorsque l’avion chute et que quelqu’un vous offre un parachute, vous ne demandez pas à voir la garantie.

    * dans le sens de subsister (Ndt)


     

  • 172 – Tirons-nous et faisons le mur !

    Le professeur d'anthropologie James W. Fernandez écrit que « les anthropologues, contrairement aux philosophes, considèrent que les mondes culturels commencent à exister par la représentation d'un mélange de métaphores. » (Emphase ajoutée).
    Alors je suis heureux de mélanger quelques métaphore pour provoquer l'existence d'un nouveau monde culturel.

    Après plusieurs heures passées à expliquer le mouvement d'au-delà de la civilisation à la vie tribale, un des participants à mon séminaire disait qu'il ne voyait toujours pas comment cela rendrait la vie humaine plus durable. Nous avons fait un bout de chemin depuis la dernière fois que j'ai évoqué ce problème alors parlons-en. C'est une question valable et importante. La Nouvelle Révolution Tribale peut donner aux gens une meilleure vie mais si elle ne sert pas à perpétuer notre espèce au-delà de quelques décennies, alors à quoi sert-elle ?

    Actuellement nous sommes environ six milliards dans ce que j'ai appelé la culture du préjudice maximum. Seuls dix pour cent de ces six milliards sont à ce point préjudiciables, dévorant les ressources à fond, contribuant au réchauffement global à fond, etc, mais les autres nonante pour cent, n'ayant aucune meilleure perspective, veulent seulement être comme les dix pour cent. Ils envient ces dix pour cent et sont convaincus que vivre d'une manière hyper-préjudiciable est le meilleure façon de vivre.

    Si nous ne leur donnons pas quelque chose de meilleur à espérer, nous sommes fichus.

  • 171 – La raison pour laquelle ce que nous avons n'est pas durable

    Une des doctrines fondamentale de notre mythologie culturelle est que la seule chose qui n'aille pas chez nous humains est que nous ne sommes pas assez bien faits. Il faut que nous soyons fait de meilleurs matériaux, en suivant des meilleurs plans (probablement fournis par une version verte de nos religions traditionnelles). Il suffit que nous soyons faits plus gentils, plus doux, plus aimants, moins égoïstes, plus visionnaires, etc, puis tout ira mieux. Bien sûr personne n'a réussi à nous rendre meilleurs l'an passé, ou l'année d'avant, ou encore l'année d'avant, ou n'importe quelle année durant l'histoire écrite, mais peut-être que cette année nous aurons de la chance, ou l'année prochaine, ou l'année suivante.

    Ce que j'ai tenté de dire à travers tous mes livres est que le défaut de notre civilisation ne vient pas des gens, il est dans le système. Il est vrai que ce système s'est tenu debout durant dix millénaires, ce qui est une longue période à l'échelle d'une vie humaine, mais lorsqu'on le considère à l'échelle de l'histoire humaine, cet épisode n'est pas remarquable pour sa durée épique mais pour sa tragique brièveté.

    Dans Ishmael j'ai comparé notre machine civilisationnelle à un avion qui serait en vol depuis dix mille ans, mais plutôt en chute libre qu'en vol réel. Si nous y restons, nous allons nous écraser, et bientôt. Mais si la plupart d'entre nous l'allégeons en l'abandonnant, il pourra probablement rester en l'air pour un bon moment (pendant que nous autres essayons autre chose de plus sensé).

  • 170 – Une parabole sur la durabilité

    Un inventeur amena ses plans d'un nouvel engin à un ingénieur, qui l'examina et dit :
    - Il y a là un défaut systémique qui signifie qu'il va se casser après quelques minutes d'utilisation.

    L'inventeur répliqua :
    - Non, c'est bien conçu, chaque partie doit être fabriquée avec soin avec les meilleurs matériaux et en suivant exactement les plans.

    L'ingénieur fabriqua l'engin mais il se cassa après quatre minutes d'utilisation. L'inventeur ne se découragea pas et dit :
    - Tu n'as pas fait ce que j'ai demandé, tu dois utiliser des matériaux encore meilleurs, les meilleurs disponibles, et fabriquer chaque pièce en suivant exactement les plans.

    L'ingénieur essaya encore et le nouveau modèle fonctionna pendant huit minutes.
    - Tu vois, lui dit l'inventeur, nous faisons d'énormes progrès. Essaye encore en utilisant des matériaux encore meilleurs et en étant encore plus précis.
    Le nouvel engin fonctionna pendant dix minutes. On dit à l'ingénieur d'utiliser des meilleurs matériaux et d'être encore plus précis. Le nouveau modèle fonctionna pendant onze minutes.

    L'inventeur voulait continuer ainsi, espérant des pièces parfaites, mais l'ingénieur refusa et lui dit :
    - Ne vois-tu pas la diminution des rendements ? Nous perdons notre temps à essayer de faire fonctionner quelque chose de mal conçu en améliorant ses parties. Apporte-moi une conception viable et je te garantis de construire un engin qui fonctionne pendant des années, à partir de matériaux et de plans ordinaires !

  • 169 - Tribus et communautés

    Pressée dans le moule de la hiérarchie, une tribu devient ce que les civilisés appellent une communauté. De tous temps, à l'intérieur de la hiérarchie d'une civilisation, les communautés montrent des similitudes à toutes les échelles. Le village médiéval de Wharram Percy dans le Yorkshire était un microcosme de l'Angleterre féodale de la même manière qu'Evanston est un microcosme de l'Amérique moderne. Cette espèce de similitude fractale entre le microcosme et le macrocosme est selon John Briggs et David F. Peat « un produit complexe de toutes les relations de rétro-action internes qui se produisent dans un système dynamique » comme le notre. Il est inévitable que Evanston, et Los Angeles Est, Harlem, Broken Arrow et Oklahoma vont toutes refléter l'organisation hiérarchique de notre société entière, avec des riches, une classe moyenne et des pauvres. Cela ne fait aucune différence que les riches d'Evanston soient plus riches que ceux de Los Angeles Est ou que les pauvres de Harlem soient plus pauvres que ceux de Broken Arrow. La structure est présente.

    Le mot communauté est lui-même une reconnaissance d'honnêteté et ceux qui ne le méritent pas n'y ont pas droit. Les homosexuels se sont battus longtemps et durement pour devenir la « communauté homo », mais les pédophiles et les pornographe n'auront aucune chance. Les truands, les criminels, les détenus et les fanatiques religieux n'ont pas de communautés, ils ont des gangs, des bandes, des populations et des sectes.

    Je peux m'imaginer d'honnêtes gens attirés par l'objectivisme, la simplicité volontaire ou le creative individualism. J'ai plus de peine à les imaginer attirés par la vie tribale. Peut-être qu'il n'y a que moi.

  • 168 – Les civilisés haïssent et craignent les peuples tribaux

    Les gens des spectacles itinérants de toutes sortes sont perçus comme des gens fascinants mais dangereux, gens dont ils faut se méfier en dehors de la scène. Cela vient partiellement de leur allure, surtout celle des jeunes. Dans le temps, les Gitans étaient constamment suspectés de voler les enfants, probablement parce qu'en fait  plus d'un ont succombé à l'attrait de la vie gitane. On soupçonne depuis longtemps que le tribalisme des juifs a contribué à leur diabolisation. Et bien sûr, aucun effort n'a été épargné de notre part pour détruire le tribalisme des peuples indigènes partout où nous les avons trouvés. Leur tribalisme est emblématique de leur « arriération » et de leur « sauvagerie ».

    Les civilisés veulent que les gens dépendent de la hiérarchie habituelle, pas des uns et des autres. Il y a quelque chose de fondamentalement maléfique dans ces gens qui atteignent l'autarcie en petits groupes. C'est pour cela que les sans-abris doivent être chassés chaque fois qu'ils font leurs collectes. C'est pour cela que la communauté des « Branch Davidian » a Waco a du être détruite; ils n'ont jamais été accusés d'aucun crime, et encore moins jugés coupables, mais il fallait bien qu'ils fassent quelque chose de vraiment grave. Les civilisés veulent que les gens gagnent leur vie individuellement et qu'ils vivent séparés, derrière des portes fermées, une famille par maison et chaque maison équipée de frigos, téléviseurs, machines à laver, etc. C'est ainsi que les honnêtes gens vivent. Les honnêtes gens ne vivent pas en tribus, ils vivent en communautés.

    Et bizarrement, dès que vous présentez la tribu comme quelque chose de désirable, les honnêtes gens commenceront à prétendre qu'ils sont aussi tribaux que n'importe quel Bochiman ou Pied-Noir.

  • 167 – Tout est dans la distinction

    Il est important de faire remarquer (avant que d'autres ne le fassent) que je n'ai pas inventé les affaires tribales. Je les ai seulement distinguées des affaires conventionnelles et les ai rendues particulièrement visibles. Maintenant que vous savez ce qu'elles sont, vous les verrez probablement partout. En discutant d'un séminaire, Rennie m'en a rappelé une que nous connaissions à Portland, Oregon, le Rimskykorsakoffeehouse. Il faut presque le voir pour croire à cette marque locale bizarre, création de Goody Cable, une célébrité locale excentrique. Y occuper une table revient à entrer dans un monde spécial qui ne peut être décrit adéquatement que comme tribal. En cas de forte affluence les clients sont souvent poussés à faire le service, et je connais un auteur local qui fait le service un soir par semaine juste pour le privilège d'appartenir à la tribu. Il y a souvent de longues files d'attente de clients, ils aiment venir là parce que les gens qui y travaillent aiment manifestement s'y trouver.

    Les gens tribaux profitent plus de la vie.

    Pensez-y. J'ai eu besoin de trente mille mots pour rendre ces huit mots plausibles.

  • 166 – Ma prochaine entreprise tribale

    Bien avant d'avoir identifié le concept comme tribal, je voulais monter une école de cirque comme je l'ai décrit dans Providence et My Ishmael. Maintenant j'ai une meilleure idée sur la façon de le faire en réalité. Houston m'a plu parce qu'il n'y a pas de zonage qui en fait un assemblage fou de districts commerciaux et résidentiels et personne ne s'offusque si vous montez une affaire chez vous. Cela en fait le site idéa pour une école de cirque qui combine des espaces pour le travail, le jeu, le spectacle et l'éducation qui implique (en tant qu'enseignants, artistes et participants)  acrobates, jongleurs, clowns, danseurs, musiciens, acteurs, monteurs, magiciens, éclairagistes, caméramans, écrivains, potiers, peintres, sculpteurs, photographes, couturiers, costumiers, charpentiers, électriciens, etc. Pas de niveaux, pas de formation requises, pas de tests; simplement apprendre ce qu'on veut, quand on veut. Bien qu'ouvert à des étudiants de tous âges, cela serait une excellente ressource pour les parents désirant faire l'école de leurs enfants à la maison, une option de plus en plus populaire, pour de bonnes raisons. (Veuillez toutefois noter qu'il ne s'agit pas d'un « centre d'éducation communautaire » pour « étudiant autogérés ». Ce sont des bonnes choses mais je ne m'intéresse pas au spectacle ni au bénévolat.) Quelqu'un m'a demandé pourquoi des étudiants préfèreraient cette école de cirque plutôt qu'une université. Les deux ne sont pas exclusifs, et les gens strictement intéressé par une carrière préfèreront sûrement la forme la plus conventionnelle des deux.

    Il n'existe pas d'échéancier pour cette grande entreprise.

  • 165 – Un métier tribal intermittent

    Au début du film l'arnaque (1973), nous suivons une paire de filous, Johnny Hooker (Robert Redford) et Luther Coleman (Robert Earl Jones), qui montent une petite arnaque du type « mouchoir jamaïcain » sur un gars qui, sans qu'ils le sachent, convoie de l'argent pour le boss Doyle Lonnegan (Robert Shaw). Lorsque Lonnegan l'apprend, il fait assassiner Coleman. Pour venger son partenaire, Hooker décide de le lui faire payer très cher. Alors qu'il se prépare, on réalise qu'il appartient à une tribu de filous, qui gagnent généralement leur vie avec des boulots honnêtes (employés de banque ou employés de bureau) mais qui sont toujours prêts à s'assembler en tribu pour les grosses arnaques. Leur niveau de préparation est frappant. Lorsque le signal, discret, est donné, ils abandonnent instantanément leurs occupations. Sans même demander la taille de l'enjeu ou de leur part, ils se rassemblent pour élaborer une production théâtrale appelée « le grand magasin ». Comme dans le cirque, chaque membre est d'une importance primordiale lorsque son moment est venu. L'un étudie Coleman pour découvrir comment l'attirer dans le piège. D'autres travaillent sur les costumes ou les scènes. Bien que Henry Gondorff (Paul Newman) est clairement le chef, cela ne le rend pas d'une importance unique. Toutes les taches doivent être effectuées, et être chef est simplement l'une d'elles. Dans les organisations hiérarchiques, le chef est l'être suprême. Dans une organisation tribale, le chef est simplement un membre comme un autre. (C'est exactement ainsi que cela était au East Mountain News.)