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1 - Approche du problème

  • 26 - Page blanche

     

    FIN DE LA PREMIERE PARTIE

     

    Je serais curieux de savoir si des personnes lisent ces pages régulièrement. Pas que ça m'empêcherait de continuer si personne le faisait, ce n'est pas ça qui me motive, mais je suis simplement curieux.

    Donc si vous passez sur cette page, laissez un petit mot pour éventuellement donner votre impression.

    Je rappelle que la page dédiée aux commentaires généraux sur la traduction est celle-là.

  • 25 – Mèmes létaux

    Un mème létal en est un qui tue son hôte. Par exemple, les adeptes de la secte Heaven’s Gate* possédaient un même létal qui faisait qu’ils étaient très attirés par le suicide, mais je ne suis pas très intéressés par les mèmes qui sont létaux pour les individus. Je suis intéressé par les mèmes qui sont létaux pour les cultures (et pour notre culture en particulier).

    Les gènes létaux ne s’expriment pas d’abord de manière bénigne puis ensuite de manière létale. Ils s’expriment d’abord de manière neutre, ou avec un autre effet, puis deviennent létaux par la suite. Il en va similairement des mèmes létaux. Les premiers témoins sémitiques de nos débuts culturels virent que leurs voisins avaient cueillis quelques mèmes de l’arbre de la sagesse réservé aux dieux. Ils se dirent, « Nos voisins du nord se sont mis dans la tête qu’ils devraient diriger le monde. Ce mème est bénin pour les dieux mais mortel pour les humains. » Leur prédiction était exacte mais elle ne se réalisa pas immédiatement. Les mèmes qui nous ont fait les maîtres du monde sont létaux, mais ils n’ont pas eu un effet létal il y a dix mille ans, ou cinq mille ou deux mille. Ils étaient actifs, nous transformant en maîtres du monde, mais leur caractère mortel ne devint pas évident avant ce siècle, lorsqu’ils commencèrent à faire de nous les dévastateurs du monde.

    Se débarrasser de ces mèmes est une question de vie ou de mort, mais c’est faisable. Je le sais car ça a été fait, par d’autres. Plusieurs fois.
     


    * Secte dont les adeptes se sont suicidés lors de l’apparition de la comète Hale-Bopp en 1997 (Ndt).

  • 24 – Quels mèmes devons-nous changer ?

    Il est plus facile de répondre à cette question qu’on pourrait l’imaginer. Les mèmes que nous devons changer sont ceux qui sont létaux.

    Richard Dawkins l’exprime de manière on ne peut plus simple : « un gène létal est un gène qui tue son hôte ». Il peut vous paraître injuste, voire déraisonnable que des choses telles que des gènes létaux puissent exister. Vous pouvez aussi vous demander comment des gènes létaux peuvent même rester dans le pool génétique. S’ils tuent leur hôte, comment se fait-il qu’ils ne sont pas éliminés ? La réponse est que les gènes ne s’expriment pas tous au même moment. La plupart, manifestement, s’expriment durant le stade fœtal, lorsque le corps est en train d’être construit. Certains, tout aussi manifestement, sont dormants jusqu’à l’adolescence. Les gènes létaux qui s’expriment avant l’adolescence sont bien sûr rapidement éliminés du pool génétique, car leur propriétaire est incapable de les passer plus loin par la reproduction. Les gènes létaux qui s’expriment au début de l’adolescence ont également tendance à être éliminés, mais ceux qui s’expriment à l’âge adulte ou plus tard restent dans le pool génétique car leurs propriétaires sont presque toujours capables de les passer par la reproduction avant de succomber à leurs effets létaux.

  • 23 – Petits pourcentages, grosses différences

    A moins que vous ne soyez généticien, vous serez probablement surpris d’apprendre que nous différons des chimpanzés que par un très petit pourcentage de gènes. Nous nous attendons à l’inverse. Nous sommes si manifestement différents des chimpanzés que nous nous attendons à être séparés d’un gouffre génétique. Manifestement, les gènes que nous ne partageons pas doivent en quelque sorte « faire toute la différence ». Mais ce serait une erreur de penser que sans ces gènes, les humains seraient des chimpanzés ou, qu’avec ces gènes les chimpanzés seraient humains. Les humains ne sont pas simplement des chimpanzés avec des gènes supplémentaires, ni les  chimpanzés des humains avec des gènes en moins. Rien dans le monde de la génétique (et dans n’importe quel domaine d’ailleurs) n’est vraiment si simple.

    Seulement un petit pourcentage de mèmes différencie la Renaissance du Moyen-âge, mais manifestement ces nouveaux « ont fait toute la différence ». L’autorité de l’église se dissipant, des nouvelles idées humanistes ont émergé, le développement de la presse à imprimer donna aux gens des nouvelles idées sur ce qu’ils pourraient savoir et penser, et ainsi de suite. Pour  produire la Renaissance, il n’était pas nécessaire de remplacer quatre-vingt dix pourcent dès mèmes du Moyen-âge, ni quatre-vingt, ni soixante, trente ou même vingt pourcent. Et les nouveaux mèmes n’ont pas du entrer dans le jeu en même temps. En fait ils ne pouvaient pas entrer en jeu tous en même temps. La Renaissance était effective pour Andrea del Verrocchio* longtemps avant qu’elle ne soit effective pour Martin Luther**.

    * Artiste italien (1435-1488) (Ndt)
    ** Père de la Réforme (1483-1546) (Ndt)

  • 22 – Gènes et mèmes sauteurs

    Dawkins suggère que les mèmes se répliquent dans un « pool mémétique » (la chose que j’appelle culture) d’une façon analogue à la façon dont les gènes se répliquent dans le pool génétique. C'est-à-dire qu’ils sautent d’un esprit à l’autre comme les gènes sautent d’un corps à l’autre. Les gènes sautent d’un corps à l’autre au moyen de la reproduction sexuée. Les mèmes sautent d’un esprit à l’autre au moyen de la communication : berceuses entendues au berceau, contes de fées, conversations des parents à table, histoires drôles, dessins animés à la TV, comédies, sermons à l’église, ragots, conférences, livres d’école, films, romans, journaux, chansons, publicité, et ainsi de suite.

    Une grande quantité d’encre (réelle et virtuelle) a coulé au sujet des mèmes de Dawkins. Quelques autorités les ont écartés car inexistants ou insensés. D’autres ont été jusqu’à se demander si les mèmes ont une existence physique dans le cerveau, dans les dendrites ou les cellules gliales. Je leur laisse cela.

    Chaque culture est un ensemble d’individus, et chaque individu a dans sa tête une série complète de valeurs, concepts, règles et préférences qui, pris tous ensembles, constituent les plans de construction pour une culture particulière. Que vous les appeliez mèmes ou marglefarbs n’a aucune importance. Leur existence ne fait aucun doute.

  • 21 – Comment peut-on accomplir une vision qu’on ne peut imaginer ?

    Nous pouvons le faire de la façon habituelle : un mème à la fois. Je suis conscient que cette formulation demande des explications. Le mieux serait que vous lisiez Le gène égoïste de Richard Dawkins, mais au cas où vous n’en n’auriez pas le temps à l’instant, je vais faire un court résumé : les mèmes sont à la culture ceux que les gènes sont aux corps.

    Votre corps est un ensemble de cellules. Chaque cellule de votre corps contient une série complète de vos gènes, que Dawkins compare à une série de plans de fabrication pour un corps humain, et votre corps en particulier. A la conception, vous étiez une unique cellule, une unique série de plan de fabrication pour votre corps, la moitié reçue de votre mère et l’autre moitié reçue de votre père. Cette cellule unique s’est ensuite divisée en deux cellules, chacune contenant la série complète des plans de construction pour votre corps. Ces deux se sont ensuite divisées en quatre, les quatre en huit, les huit en seize et ainsi de suite, chacune contenant la série complète des plans de construction pour votre corps.

    Une culture est également un ensemble de cellules, qui sont les humains individuels. Vous (et chacun de vos parents et toute votre famille et vos amis) contenez une série complète de mèmes, qui sont les plans de fabrication conceptuels pour notre culture. Dawkins a forgé le mot mème qui s’applique à ce qu’il percevait comme l’équivalent culturel du gène.

     

  • 20 – Alors comment vivrons-nous ?

    Aucun paradigme n’est capable d’imaginer le suivant. Il est presque impossible pour un paradigme d’imaginer qu’il puisse même en avoir un qui suive. Les gens du Moyen-âge se concevaient pas être au « milieu » de quoi que ce soit. Pour autant qu’ils étaient concernés, leur façon de vivre était la façon dont les gens vivraient jusqu’à la fin des temps. Même si vous aviez pu les persuader qu’une nouvelle ère était imminente, ils auraient été incapable de vous en dire la moindre des choses, et en particulier ils auraient été incapables de vous dire ce qu’elle aurait eu de nouveau. S’ils avaient pu décrire la Renaissance au quatorzième siècle, ça aurait déjà été la Renaissance.

    Nous ne sommes pas différents. Malgré toutes nos discussions sur des nouveaux paradigmes et paradigmes émergents, c’est parmi nous une supposition irréfutable que nos descendants lointains seront exactement comme nous. Leurs gadgets, modes, musiques, etc. seront certainement différents, mais nous sommes sûrs que leur état d’esprit sera identique, car nous ne pouvons imaginer aucun autre état d’esprit. Mais en fait si nous parvenons à survivre jusque là, ce sera parce que nous serons entrés dans une nouvelle ère, aussi différente de la notre que la Renaissance l’était du Moyen-âge, et aussi inimaginable pour nous que l’était la Renaissance pour le Moyen-âge.

  • 19 – Mais comment s’en sortir sans programmes ?

    Un jour, dans le pays des jambes cassées, les habitants entendirent des rumeurs sur un autre pays lointain où les gens se déplaçaient librement, car personne n’y avait les jambes cassées. Ils se moquèrent des ces histoires, disant « comment peuvent-ils se déplacer sans béquilles ? »

    Dire que la révolution industrielle est un super exemple de ce que les gens peuvent faire sans programme est en-dessous de la vérité. C’est un exemple époustouflant. De l’époque, il y a quatre cent ans, où Giambattista della Porta rêva de la première machine à vapeur « moderne » à aujourd’hui, ce vaste mouvement de transformation du monde a été porté uniquement par une vision : améliorer quelque chose, le mettre à disposition des autres pour qu’ils l’améliorent. Aucun programme n’a été nécessaire pour faire avancer la révolution industrielle. Elle a plutôt été portée par la réalisation dans des millions d’esprits que même une petite nouvelle idée, même une modeste innovation ou amélioration d’une invention précédente pouvait améliorer leurs vies presque au-delà de l’imagination. Durant quelques brefs siècles, des millions de citoyens ordinaires, agissant presque tous de manière intéressée, ont transformé le monde humain en diffusant des idées et des découvertes et ont perpétué ces idées et ces découvertes et le menant, pas à pas, vers de nouvelles idées et de nouvelles découvertes. Reconnaître tout cela n’est pas de faire de la révolution industrielle un événement béni, ni de la condamner comme une catastrophe n’empêche que c’était le plus grand épanchement de créativité de l’histoire humaine.

  • 18 – Les programmes ne sont pas mauvais, simplement inadaptés

    Lorsque, suite à un accident de voiture, quelqu’un a des blessures mettant sa vie en danger, les infirmiers dans l’ambulance font tout ce qu’ils peuvent pour le maintenir en vie jusqu’à l’hôpital. Ces premiers secours sont essentiels mais inadaptés, comme chacun le sait. S’il n’y a pas d’hôpital à la fin de la route, le patient mourra, car l’ambulance ne dispose pas des moyens d’un hôpital.

    Il en va de même des programmes. Il y a plein de programmes actuellement en place qui nous évitent la mort, les programmes qui protègent l’environnement et lui évitent d’être encore plus dégradés. Comme les premiers secours dans l’ambulance, ces programmes sont essentiels mais finalement inadaptés. Ils sont ultimement inadaptés car ils sont essentiellement réactifs. Comme les infirmiers dans l’ambulance, ils ne peuvent provoquer des bonnes choses, ils ne peuvent qu’atténuer des mauvaises choses, ils ne peuvent que retarder les mauvaises choses.

    S’il n’y a pas d’hôpital à la fin de la route, le patient mourra, car les premiers secours, aussi utiles qu’ils soient, n’ont pas la capacité de le tenir en vie indéfiniment. S’il n’y a pas de nouvelle vision pour nous à la fin de la route, nous mourrons aussi, car les programmes, aussi utiles qu’ils soient, n’ont pas la capacité de nous tenir indéfiniment en vie.

  • 17 – Lorsque la vision devient hideuse

    Lorsque le fleuve de la vision commence à mener les gens dans une direction qu’ils n’apprécient pas, ils commencent à planter des bâtons pour entraver son flux. Ce sont ces bâtons que j’appelle programmes.

    La plupart des programmes prennent cette forme : Mettre hors-la-loi la chose qui vous dérange, attraper les gens qui le font et les mettre en prison.

    Les vieilles têtes pensent : Nous devons écrire des lois plus dures et plus complètes.

    Les nouvelles têtes pensent : Aucun comportement indésirable n’a été éliminé en passant des lois à son encontre.

    Le fait que ce genre de programme échoue immanquablement n’a jamais bouleversé la plupart des gens.

    Les vieilles têtes pensent : Si cela n’a pas fonctionné l’an passé, faisons-en plus cette année.

    Les nouvelles têtes pensent :  Si cela n’a pas fonctionné l’an passé, faisons quelque chose d’autre cette année.

    Chaque année, sans faute, nous mettons hors la loi plus de choses, attrapons plus de gens qui les transgressent, et en mettons plus en prison. Le comportement illégal ne disparaît jamais, car directement ou indirectement il est supporté par une force invisible et implacable nommée vision. Cela explique pourquoi un policier commettra plus facilement un crime qu’un criminel deviendra un défenseur de la loi. On appelle cela « suivre le courant ».